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En effet, ceux qui sont sous l’emprise de la chair s’accordent aux tendances de la chair, tandis que ceux qui sont sous l’emprise de l’Esprit s’accordent aux tendances de l’Esprit. Or la chair tend à la mort ; l’Esprit, lui, tend à la vie et à la paix. Car la chair tend à s’ériger en ennemie de Dieu, parce qu’elle ne se soumet pas à la loi de Dieu : elle en est même incapable. 8Ceux qui sont sous l’empire de la chair ne peuvent plaire à Dieu. Quant à vous, vous n’êtes pas sous l’empire de la chair, mais sous celui de l’Esprit, s’il est vrai que l’Esprit de Dieu habite en vous. Et si quelqu’un n’a pas l’Esprit du Christ, il ne lui appartient pas. Or si le Christ est en vous, le corps, il est vrai, est mort à cause du péché, mais l’Esprit est vie à cause de la justice. Et si l’Esprit de celui qui a réveillé Jésus d’entre les morts habite en vous, celui qui a réveillé le Christ d’entre les morts fera aussi vivre vos corps mortels par son Esprit qui habite en vous. Ainsi donc, mes frères, nous sommes bien débiteurs, mais non pas envers la chair – pas pour vivre selon la chair. En effet, si vous vivez selon la chair, vous allez mourir ; mais si par l’Esprit vous faites mourir les agissements du corps, vous vivrez.

Romains 8, 5-16 (nouvelle bible Segond)

lob 010919 11. « Ceux qui sont sous l’emprise de la chair s’accordent aux tendances de la chair, tandis que ceux qui sont sous l’emprise de l’Esprit s’accordent aux tendances de l’Esprit. » (Romains 8, 5)

Ce matin, j’aimerai méditer cette opposition que Paul dresse dans son argumentation. L’opposition entre la chair et l’esprit. Car souvent, cette opposition est, me semble-t-il, mal comprise.

Dans cette opposition, on entend un dualisme qu’on attribue à la pensée grecque, un dualisme où la chair serait ce qui est corporel, ce qui appartient à ce bas monde, ce qui est méprisable. Tandis que l’esprit serait ce qui relève de la pensée, de l’art, de la culture, de la spiritualité.

Comprise ainsi l’opposition chair/esprit nous obligerait, si nous ne voulons plus comme le dit Paul, être sous l’emprise de la chair, nous obligerait à nous couper de tout une partie de nous-même (notre corps), à mépriser toute une partie de notre quotidien (vous savez toutes ces tâches banales et routinières comme la lessive, les courses, nettoyer la maison qui ne font pas partie des choses de l’esprit).

Or s’il y a une chose dont je suis convaincu, c’est que Paul, en utilisant cette opposition, ne cherche pas à nous couper d’une partie de nous-mêmes, ne nous pousse pas à mépriser des dimensions essentielles de notre quotidien.

Au contraire !

Plus je médite les lettres de Paul, plus je suis convaincu que, par cette opposition, l’apôtre souhaite nous permettre de vivre toutes les dimensions de notre vie et de notre quotidien de manière renouvelée et approfondie.

Je vais développer cette conviction en vous parlant premièrement d’ancrage et deuxièmement de patience.

2. Premièrement, l’ancrage.

Que signifie pour Paul, vivre selon la chair et vivre selon l’esprit ? Eh bien, de là où je suis arrivé dans ma compréhension de sa pensée, je crois que vivre selon la chair pour lui signifie une manière de vivre dirigée par des choses, certes importantes et nécessaires, mais qui n’ont pas de valeurs ultime et durable. Tandis que vivre selon l’Esprit correspond à une autre manière de vivre sous-tendue et ancrée celle-là non pas dans des valeurs passagères, mais dans la Source de vie même.

lob 010919 2Ainsi, dans la logique de Paul, la sexualité par exemple n’est pas à ranger dans la catégorie charnelle et méprisable de ce bas-monde. La sexualité peut être vécue de manière charnelle quand elle est ancrée dans quelque chose de très passager, la recherche individuelle et égoïste du plaisir ; mais la sexualité peut devenir quelque chose d’éminent spirituel lorsqu’elle est vécue comme une danse où dans le respect et la tendresse, je m’ouvre à une rencontre intime de l’autre.

De même, nous pourrions dire que tout ce qui constitue notre quotidien, des choses les plus triviales et matérielles aux choses les abstraites et immatérielles, tout absolument tout peut être vécu soit selon la logique de la chair, soit selon la logique de l’esprit. Supposons, par exemple, que notre vie soit orientée vers la réussite de notre carrière professionnelle. Un objectif est sérieux et ô combien important.

Cependant, quand cet objectif devient LE centre essentiel de notre existence,

  • quand nous nous y attachons de telle manière que nous faisons dépendre notre valeur de cette réussite,
  • quand l’échec dans notre travail devient un désastre qui remet en cause notre existence même,
  • quand la crainte qu’un tel désastre puisse se produire un jour nous pousse à tout faire pour nous protéger contre lui, pourvu que nous nous assurions que l’échec ne se produise jamais,
  • quand ainsi toutes nos énergies, nos centres d’intérêts, nos sentiments et nos relations sont orientés vers notre carrière et vers la prévention d’un éventuel échec, …

une telle manière de nous comporter n’est-elle pas l’indice que nous avons ancré notre valeur dans quelque chose qui n’est pas durable ? n’est-elle pas l’indice que nous vivons selon la chair ?

J’ai pris l’exemple du travail, mais nous pourrions aussi prendre d’autres exemples. Nous pouvons être liés à nos familles, à nos loisirs, à nos engagements associatifs, ecclésiaux « selon la chair », même nous pouvons vivre notre foi « selon la chair » quand nous nous attachons à ce qui en chacune de ces choses n’est pas durable. Á aucun moment, le travail, la famille, les engagements, la foi ne sont des choses mauvaises en soi. Ce qui est mis en question, c’est plutôt la relation que nous tissons avec chacune d’elles.Quand Paul nous invite à vivre selon l’Esprit, à nous accorder aux tendances de l’Esprit, il nous invite à nous relier à nos familles, à notre travail, à nos loisirs, à nos engagements sans en faire le centre même de notre vie, car aucune de ces choses n’est en soi durable. Chacune de ces choses finit par passer. Chacune de ces choses est une partie de la vie et non le tout de la vie, non la source de la vie. Quand Paul nous invite à vivre selon l’Esprit, il nous invite à chercher un point d’ancrage plus loin que toutes ces choses. Quand Paul parle de Dieu, il parle de ce point d’ancrage, qui quelle que soient les crises que nous ayons à traverser, sera toujours là.

Je pourrai être viré de mon travail, renié par ma famille, incapable de continuer à assumer le moindre engagement, je garderai encore et toujours une dignité et une valeur, car ma valeur et ma dignité ne dépendent pas de manière ultime de mon travail, de ma famille, de mes loisirs, de mes engagements, mais ma valeur et ma dignité s’ancrent dans Celui qui demeure quand tout s’effrite et passe.

Ainsi, premièrement, quand le point d’ancrage auquel nous nous étions attaché se révèle fragile et s’effrite, ne paniquons pas ! Ne nous y arc-boutons pas ! Car paniquer et s’arc-bouter, c’est vivre selon la chair. Rappelons-nous plutôt cette exhortation de Paul : nous sommes appelés dans notre existence à vivre selon l’Esprit. Nous sommes appelés à faire confiance, à creuser, creuser, partir à la découverte d’un autre point d’ancrage plus solide, plus profond qui lui demeure quand tout s’effrite et passe.

3. Après l’ancrage, venons-en à présent à mon deuxième point : la patience.

Au fur et à mesure que nous vivons dans l’Esprit, nous n’abandonnons rien de ce qui constitue notre quotidien. Nous continuons de faire la lessive, de travailler, de nous engager, de vivre des moments de tendresse, de prendre soin de nos familles. Cependant, nous nous y attachons d’une autre façon. Par exemple, imaginons la situation suivante : Un enfant qui est la chair de notre chair ne nous rend pas ce que nous espérions qu’il nous rende après tout ce que nous avons fait pour lui.

Essayer de vivre cette situation selon l’Esprit, c’est prendre le temps de nous ancrer et puiser notre énergie dans un noyau plus profond que l’amour que nous pouvons partager avec notre enfant. Alors, la grâce qui nous sera faite, ce n’est pas la résolution miraculeuse de la situation, mais de sentir en nous grandir une patience nous rendant capable d’endurer la frustration sans vaciller. Grâce à cette patience, nous pourrons laisser notre enfant faire son chemin sans le charger de nos déceptions et nos attentes.

lob 010919 3Nous restons bien sûr en lien avec notre enfant, mais nous vivons ce lien non pas selon la chair, c’est à dire en ne faisant pas de notre enfant le centre de toute notre attention, - ce qui a souvent comme effet de mettre une telle pression sur cette relation qu’elle en devient un noeud où la vie ne circule plus.

Mais nous vivons ce lien selon l’Esprit, c’est à dire que ce qui focalise notre attention, ce n’est pas notre enfant qui nous résiste, qui nous pose problème, c’est plutôt Celui qui demeure quand tout s’effrite et passe. Cette orientation différente de notre attention laisse ainsi de l’espace pour que, dans notre relation, l’esprit puisse souffler, faire évoluer les êtres et dénouer les situations. Au fur et à mesure que nous nous « accordons, comme dit Paul, aux tendances de l’Esprit », nous nous relions à tout ce qui constitue notre quotidien non d’une manière crispée et nouée, mais avec une royale patience.

4. Ainsi vivre selon l’Esprit, c’est trouver un point d’ancrage qui me permet d’être patient.

Alors ancrons-nous en Dieu afin de ne pas sur-investir d’attentes et de besoins notre quotidien. Oui, ancrons-nous en Dieu et nous deviendrons capables d’accueillir ce quotidien avec toutes ses imperfections, sans que ces imperfections nous empêchent d’apprécier les bonnes choses que notre quotidien recèle, sans que l’ivraie ne nous empêche de laisser pousser le bon grain.

Amen

Luc-Olivier Bosset, 1er septembre 2019 au temple de la rue Maguelone à Montpellier
Crédit photos: EvdL (juillet/aoüt 2019)


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