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Heureux l’homme qui ne suit pas les projets des méchants, qui ne s’arrête pas sur le chemin des pécheurs, et qui ne s’assied pas parmi les insolents, mais qui trouve son plaisir dans la loi du Seigneur, et qui redit sa loi jour et nuit ! Il est comme un arbre planté près des canaux d’irrigation, qui donne son fruit en son temps, et dont le feuillage ne se flétrit pas : tout ce qu’il fait lui réussit. Il n’en est pas ainsi des méchants : ils sont comme la paille que le vent emporte. C’est pourquoi les méchants ne se tiendront pas debout au jugement, ni les pécheurs dans la communauté des justes. Car le Seigneur connaît la voie des justes, mais la voie des méchants se perd.

Psaume 1 (nouvelle bible Segond)

1. « Heureux » est le premier mot du livre des Psaumes. C’est dire combien il est important. Il résonne comme un appel joyeux et encourageant à ce que tous, nous saisissions la vie qui nous est donnée comme une occasion d’être heureux.

lob220919 12. Cependant, aujourd’hui, c’est comme si nous devenons sourd à un tel appel. Encore cette semaine, à la une de notre actualité, il nous a été rappelé que les Français ont le moral en berne. Pourtant, nous pourrions nous dire que les raisons d’être optimistes ne manquent pas. Grâce au progrès de la médecine, nous vivons de plus en plus longtemps. Grâce au développement de nos moyens agricoles, nous produisons assez de nourriture pour que nous mangions tous à notre faim. Cependant, si le moral est en berne, c’est parce qu’il y a des mais…

L’espérance de vie s’accroît, fort bien : mais comment vais-je financer les soins que nécessitent ma grande vieillesse ou celle de mes aînés ? Nous produisons assez pour que tout le monde mange à sa faim, mais les ressources s’amenuisent, le climat se réchauffe. Comment faire pour rassembler une majorité autour d’une vision d’avenir dans une société aussi fragmentée que la nôtre ? Dans le livre biblique du Quohélet, il est écrit « Quand un homme aurait cent fils, vivrait de nombreuses années, vivrait même deux fois mille ans, si son âme ne s’est pas rassasiée du bonheur, je dis qu’un avorton est plus heureux que lui. » (Qohélet 6,3).

Aujourd’hui, beaucoup d’indicateurs nous rappellent que notre monde va mieux que celui d’hier, cependant cela n’empêche pas notre appréhension de monter régulièrement. Aujourd’hui nous avons les moyens de nourrir une famille nombreuse, de vivre plus longtemps et pourtant notre âme n’est pas nécessairement rassasiée de bonheur pour autant. Nous avons plutôt l’impression que parfois, même un avorton, une personne vivant dans des conditions plus difficiles que nous, pourrait être plus heureuse que nous.

3. Dans un tel contexte, comment recevoir le premier mot du livre des Psaumes ? Comment se saisir de ce mot et le vivre ? Bref, comment être heureux ?

Pour esquisser ce qu’est la bonheur, ce psaume nous livre un tableau franchement étonnant : le bonheur, c’est un humain « qui trouve son plaisir dans la Torah du Seigneur, qui fredonne, qui redit cette Torah nuit et jour ». On aurait pu imaginer que le psaume nous dise : le bonheur, c’est d’arriver à trouver des solutions aux problèmes qui se dressent sur notre route. Le bonheur, c’est d’obtenir des résultats visibles, tangibles qui montrent qu’on a réussi à franchir les obstacles.

Cependant, en parlant un tout autre langage que celui de l’efficacité, en nous offrant le tableau d’un humain qui ne résout pas des problèmes, mais qui trouve son plaisir dans la méditation de la Torah, je crois que ce psaume nous rejoint à l’intime. Il vient toucher pour le dénouer ce qui aujourd’hui nous empêche profondément d’être heureux.

lob220919 24.  Car dans le siècle qui est le nôtre, ce qui souvent nous empêche d’être heureux, c’est d’avoir appris parfois très douloureusement, combien le progrès en apportant des avancées peut aussi engendrer de nouveaux problèmes. Aujourd’hui, nous savons combien les bons résultats sont provisoires et qu’ils peuvent aussi se retourner contre nous. Du coup, cela renforce en nous le sentiment que le monde dans lequel nous vivons est complexe et angoissant, qu’il est difficile d’en traduire le sens et d’en tracer une bonne fois pour tout l’avenir.

Pour être heureux au milieu d’un tel monde, nous n’avons pas besoin qu’on nous fasse croire que le bonheur est dans l’efficacité à produire de bons résultats. Cela serait ressenti comme un sparadrap. Or nous n’avons pas besoin de sparadrap !

Pour être heureux, nous avons besoin de trouver des ressources qui nous permettent de comprendre la complexité du monde et de nous projeter dans l’avenir. Pour être heureux, nous avons besoin d’apprendre à regarder ce monde tel qu’il est, sans désespérer de lui ou de nous.

Pour être heureux, nous avons besoin de nous relier à un réservoir de patience afin que nous abordions les soubresauts et les complications de notre quotidien, sans perdre de vue les accomplissements provisoires et concrets qui mettent notre coeur en joie. Or, je crois que ce réservoir de patience, ces ressources, ce regard sur le monde nous sont donnés lorsque nous « prenons plaisir dans la Torah du Seigneur ».

5. Vous avez remarqué que je ne dis pas ici, comme la traduction de la Bible le fait, prendre plaisir dans la Loi du Seigneur ! En effet, le mot Loi en français renvoie à des directives, des articles couchés dans la constitution ou le code civil. Si je ne reprends pas le mot Loi, c’est parce que j’aimerai éviter qu’on fasse de la Bible un règlement qu’il suffirait d’appliquer pour être heureux.

Etymologiquement, le mot Torah en hébreu signifie : enseignement. La Torah, c’est ce que le peuple hébreu a appris au contact de la vie. La Torah n’est pas constituée que d’une liste de commandements. Au contraire, ce sont les 5 premiers livres de l’Ancien Testament. Cinq livres gorgés de récits où il nous est raconté comment les humains entendent un appel divin au coeur de leur quotidien, - par exemple, l’appel à être heureux - , et comment ces humains y répondent à cet appel, en étant parfois ajustés, parfois maladroits.

Mais qu’importent ces maladresses, le peuple hébreux les a toutes mises par écrit afin d’en tirer un enseignement. Il y a ce proverbe qui dit : « quand tu perds, ne perds pas la leçon. » Avec son foisonnement de complications, de refus, de malentendus, de défaites, la Torah est une trace écrite qui permet à celui qui la médite de ne pas perdre la leçon.

Ce faisant, elle offre à celle et celui qui la médite un réservoir immense de ressources dans lesquelles il peut puiser pour ensuite aborder sa réalité avec douceur et confiance. Oui, un réservoir immense de paroles, d’attitudes lui apprenant à interpréter ce qui lui arrive de façon à ne pas fermer la porte, mais à laisser une chance à la vie.

6. La Torah est un réservoir immense de ressources pouvant nous aider à tirer un enseignement de ce qui nous arrive. Tirer un enseignement de ce qui nous arrive, cela veut dire quoi ?

Cela veut dire que de ce qui nous arrive, nous arrivons à tirer une sève, un aliment qui nous donne énergie et vigueur. Nous pouvons tout à fait tisser avec notre milieu une relation bizarre, tordue qui finalement nous laisse sec et creux.

Au contraire, tirer un enseignement, cela veut dire tisser avec ce qui nous arrive une relation qui nous alimente. Tirer un enseignement, cela veut dire devenir comme le suggère le psaume que nous méditons ce matin, devenir un arbre qui est relié à la terre, relié au ciel, relié aux autres d’une manière à ce qu’il trouve là dans ces liens une sève lui permettant de se déployer et s’épanouir. Arriver à tirer un enseignement de ce qui nous arrive, voilà ce qui aujourd’hui peut nous rendre heureux !

lob220919 37. Car ce qui rend heureux dans l’existence, ce n’est pas d’être planté dans un contexte paradisiaque où tout baigne, où il n’y aurait rien à faire pour que tout se passe bien.

Ce monde-là n’existe pas ! Ce qui rend heureux dans l’existence, c’est, dans le contexte qui est le nôtre, qui n’est pas un contexte parfait et idéal, de devenir comme un arbre qui n’est pas coupé de ses racines, qui ne développe pas avec son milieu des relations bizarres et tordues, mais qui développe avec son milieu des relations lui permettant de s’alimenter et de donner son fruit en temps voulu.

La Torah est un réservoir immense d’enseignement nous apprenant à nous relier à ce qui nous arrive de manière à devenir, en temps voulu, des arbres épanouis donnant du fruit.

8. C’est parce que la Torah, la Bible est un tel réservoir que nous pouvons trouver en elle du plaisir, lorsque nous la méditons jour et nuit.

Comme ces voitures électriques dont la batterie se recharge lorsqu’elles roulent, de même en pratiquant la lecture et la méditation de la torah, nous pouvons être mis en contact avec des enseignements qui nous rechargent, qui nous redonnent du goût, de l’énergie, de l’envie. Nous pouvons être mis en contact avec des enseignements qui nous aident à accepter les hauts, les bas, les soubresauts de notre monde sans perdre de vue une vision d’avenir.

9. Quand cette pratique de fredonner les Ecritures jour et nuit nous recharge, quand nous trouvons du plaisir en elle, alors nous avons beau ne pas être au bout du chemin, nous avons beau savoir que devant nous, il y a encore de grands défis à affronter, il n’empêche : nous nous sentons heureux !

Amen

Luc-Olivier Bosset, le 22 septembre à l'église œcuménique de Maurin
Crédit images : 1,3 https://unsplash.com; 2: AvdL

 


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