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À moi, le moindre de tous les saints, cette grâce a été accordée d’annoncer aux non-Juifs, comme une bonne nouvelle, la richesse insondable du Christ  et de mettre en lumière pour tous la réalisation du mystère caché de tout temps en Dieu, le créateur de tout ; afin que la sagesse de Dieu, dans sa grande diversité, soit maintenant portée, par l’Eglise, à la connaissance des principats et des autorités dans les lieux célestes selon le projet éternel qu’il a réalisé en Jésus-Christ, notre Seigneur. C’est en lui, Le Christ, par sa foi, que nous avons l’assurance nécessaire pour nous approcher de Dieu avec confiance.  Je vous demande donc de ne pas perdre courage à cause des détresses que j’endure pour vous : elles sont votre gloire. C’est pourquoi je fléchis les genoux devant le Père,  de qui toute famille dans les cieux et sur la terre tient son nom,  afin qu’il vous donne, selon la richesse de sa gloire, d’être rendus forts et puissants par son Esprit, au profit de l’homme intérieur ;  que le Christ habite dans votre cœur par la foi et que vous soyez enracinés et fondés dans l’amour,  pour être capables de comprendre, avec tous les saints, quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur,  et de connaître l’amour du Christ qui surpasse la connaissance, de sorte que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu. À celui qui peut, par la puissance qui est à l’œuvre en nous, faire infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons,  à lui la gloire dans l’Église et en Jésus-Christ, dans toutes les générations, à tout jamais. Amen !

Éphésiens 3, 8-21 (nouvelle bible Segond)

wien 11. La grâce seule, la foi seule, le Christ seul, l’Écriture seule, à Dieu seul soit la gloire…

Au fil du temps, la Réforme s’est développée en prenant appuis sur ces 5 intuitions fondatrices, liées les unes aux autres par la répétition de ce petit mot : « seul ». Il s’agissait pour les Réformateurs de se démarquer de la théologie dominante de l’époque en s’élançant dans une autre direction : oui, vivons de la grâce seule, en ne prenant pas appuis sur les mérites pour nous donner une contenance et une identité; oui, vivons de la foi seule, en ne nous confiant pas dans les oeuvres pour acquérir notre salut. Oui, vivons de l’Écriture seule, en la laissant remettre en question les rites, les coutumes et les traditions développées par notre église. Oui, vivons du Christ seul, revenons-en à lui encore et toujours, plutôt que de nous laisser distraire et d’adresser nos prières à la cohorte des saints qui ont suivi son sillage.

Percevez-vous l’enjeu de la répétition du mot « seul » ? En exhortant de vivre seulement par la grâce ou de vivre seulement par la foi, les Réformateurs ne voulaient pas que nous rétrécissions notre horizon ou que nous appauvrissions notre esprit. Ils voulaient plutôt nous encourager à émonder. Car pour que l’arbre déploie toute sa vigueur, il faut qu’il soit de temps en temps émondé.

Dans le foisonnement des pratiques spirituelles possibles, les Réformateurs par ces « seul » indiquaient avec confiance et assurance, quelles étaient les pratiques essentielles permettant à l’arbre de notre vie intérieure de déployer toute sa vigueur.

2. Ainsi aujourd’hui, en ayant à l’esprit toute la sève prometteuse contenue dans ce mot « seul », penchons-nous plus attentivement sur une seule de ces cinq intuitions réformatrices. Il y aurait tant de choses à partager avec vous sur chacune de ces intuitions. Cependant, ce n’est pas raisonnable de vouloir le faire dans une seule prédication. Alors, là aussi, il faut oser émonder. C’est pourquoi, je vous propose de nous arrêter plus particulièrement sur une seule et unique de ces intuitions. Nous aurons encore d’autres occasions pour approfondir les autres.

Oui, arrêtons-nous ce matin sur l’expression « A Dieu seul soit la gloire » ! Et pour que cette expression ne devienne pas insipide à force d’être répétée comme un slogan, prenons à présent le temps de l’approfondir.

3. « À Dieu seul soit la gloire ! »

Cette devise invite au décentrement. Elle nous dit en substance : que ton agir ne soit pas orienté de manière égocentrique vers l’accomplissement de tes ambitions personnelles; mais que ton agir soit traversé du désir de chercher en tout la gloire de Dieu. Dans la logique des Réformateurs, chercher la seule gloire de Dieu est une pratique qui conduit vers la vie, qui permet à notre arbre intérieur de se déployer.

Or cette logique n’est pas évident à comprendre ! Comment est-il possible de vivre un tel décentrement comme un épanouissement ? Au prime abord, cela semble totalement paradoxal. S’il faut chercher la seule gloire de Dieu, nous en déduisons souvent que cela doit se faire aux dépens de nous-mêmes.

Sous-entendu : plus nous cherchons à agir pour la seule gloire de Dieu, moins il nous faut penser à nous-mêmes. Et inversement trop nous soucier de nous-mêmes serait le signe que nous ne pensons pas assez à Dieu. Là dans ce raisonnement, Dieu et nous-mêmes sommes comme les deux extrémités d’une balançoire. Quand l’un monte, l’autre doit nécessairement descendre. C’est pourquoi, au prime abord, il semble évident que chercher la seule gloire de Dieu signifie en contre-partie qu’il faut nous effacer. Mais est-ce la seule et unique façon de comprendre cette devise ?

sdgbach4. Pour explorer une autre logique, tournons-nous vers Jean-Sébastien Bach !

En effet, il est très intéressant pour notre propos de rappeler que Bach, en tant que compositeur signait chacune de ses oeuvres du sigle SDG, trois lettres en guise d’abréviation du « Soli Deo Gloria », la version latine de notre « à Dieu seul soit la gloire ».

Le moins que l’on puisse dire est que Jean-Sébastien Bach n’a pas été une personnalité effacée. Une personnalité qui sa vie durant aurait vécu de manière rétrécie. Au contraire, Jean-Sébastien Bach a été jusqu’au bout de la mise en valeur des ressources qui étaient les siennes. Il a trouvé dans la musique le lieu où cultiver et épanouir toutes ses aptitudes musicales. Loin de le rendre orgueilleux, le développement de ses ressources lui a fait prendre conscience de son immense dépendance à la grâce de Dieu.

Dans la logique de Bach, l’épanouissement de ses ressources, loin de diminuer Dieu, le glorifiait au contraire. Ici dans la logique de Bach quand l’un monte, l’autre monte aussi. Quand l’humain s’accomplit, Dieu est glorifié. C’est pourquoi je trouve très symbolique sa manière de signer ses oeuvres. Au moment où sa personnalité rayonne et où ses aptitudes s’épanouissent, à ce moment-là, il saisit l’occasion de mettre en valeur Dieu.

Quand il signe « à Dieu seul soit la gloire », je ne vois pas dans cette démarche une attitude misérabiliste qui consiste à se déprécier, mais une attitude humble de celui qui, remplit de gratitude, célèbre la source qui l’a mise en mouvement.
Son épanouissement, il n’est pas dû à la seule et unique force de ses poignets. Mais il est une occasion de célébrer son Créateur, son Sauveur, Celui qui l’a appelé à la vie, Celui qui l’a inspiré et poussé jusqu’à ce que JS Bach développe tous ses talents.

Bach ne se sentait jamais aussi libre et heureux que quand il était au service de la seule gloire de Dieu. Certes, à l’attention de tous ceux qui s’extasiaient de ses aptitudes et le couvraient d’honneur, Bach montraient par sa signature qu’il n’était pas dupe. Si son inspiration avait eu pour moteur la reconnaissance des hommes, alors Bach n’aurait pas été libre de créer comme il a créé. Son moteur aurait été soumis aux caprices des uns et des autres.

Mais en situant le moteur de son inspiration en Dieu, Bach a continué d’écrire et de composer même quand les humains se détournaient de sa musique. Car pour lui, l’important n’était pas d’acquérir gloire et honneur parmi les humains, mais de cultiver et d’explorer toutes les ressources de ses aptitudes musicales. C’est cela qui le rendait heureux et vivant.

Et c’est cette joie de vivre que je perçois dans sa signature. Une joie remplie de gratitude vis à vis de Celui qui, grâce à des rencontres et à plein de concours de circonstances, lui a permis de découvrir et savourer les richesses insondables de la musique.

C’est pourquoi quand les auditeurs écoutent ses oeuvres que ces derniers ne s’extasient pas devant les talents du cantor de Leipzig, mais qu’ils se tournent vers la Source capable de faire advenir à la vie autant de beauté et de talents.

avdl image0820195. Le texte biblique de la lettre aux Éphésiens que nous avons entendu tout à l’heure n’a pas été écrit, ni à ma connaissance mis en musique par Bach. Cependant, il est traversé par la même dynamique, par la même joie et la même gratitude.

Ne nous y trompons pas ! Celui qui se décrit « comme étant le moindre de tous les saints », c’est à dire comme le moindre de tous les croyants n’est pas une personnalité transparente et effacée. Au contraire, c’est une personnalité riche, complexe, fougueuse. C’est l’apôtre Paul.

Dans chacune de ses lettres, le « je » de Paul n’est pas absent. Au contraire, son « je » se retrouve partout, au point que parfois, lorsque ce « je » surgit de manière récurrente au détour d’une phrase, il nous agace, tant il s’impose à la discussion.

Et pourtant, ce « je » imposant ne cesse de pointer au-delà de lui-même. Preuve en est la fin du passage que nous avons entendu tout à l’heure où de manière plus étendue que la devise des réformateurs, l’apôtre y exprime son Soli Deo Gloria : « A Celui qui peut, par la puissance qui est à l’œuvre en nous, faire infiniment au-delà de tout ce que nous demandons ou pensons, à lui la gloire dans l’Eglise et en Jésus-Christ, dans toutes les générations, à tout jamais. »

Personnellement, plus je médite ses lettres, plus je réalise que si Paul rend gloire à Dieu, c’est parce que dans sa bouche, Dieu est le vis-à-vis qui lui a tenu tête et qui sur la route de Damas a manifesté un amour plus subtil que tout pour désactiver ses mécanismes de défense, pour se faufiler et le rejoindre à l'intime.

Grâce à ce vis-à-vis subtil, Paul a vécu un retournement, une conversion qui lui permet désormais de déployer pleinement son tempérament bouillonnant, enthousiaste et zélé. Désormais, au lieu d’utiliser son énergie pour faire taire, voir participer à l’assassinat de ceux que ne pensent pas comme lui, Paul déploie cette énergie dans un projet autrement plus positif et constructif : annoncer la Bonne Nouvelle aux non-Juifs.

Cette nouvelle orientation l’épanouit, car elle l’aide à revenir en toutes circonstances à l’essentiel.

En annonçant la Bonne Nouvelle aux non-juifs, Paul désormais ne se disperse plus dans le foisonnement stérile des polémiques, mais au contraire, il saisit chacune de ces polémiques comme une occasion de revenir à l’essentiel, de revenir à cet amour insondable afin d’y trouver une inspiration pour dépasser par le haut la polémique.

Le fait d’orienter ses compétences vers la tâche noble d’annoncer l’évangile aux non-juifs est l’occasion pour Paul de revenir encore et toujours à cet amour qu’il appelle la richesse du Christ. Plus il y revient à cet amour, plus cet amour lui parait insondable. Oui, insondable, car face à chaque nouveaux défis qui se présentent à lui, il découvre avec surprise que cet amour est source d’une nouvelle inspiration.

Plus il fait la démarche d’en revenir à l’amour manifesté en Jésus-Christ, plus il découvre que cet amour au lieu de s’épuiser lorsqu’on fait appel à lui, que cet amour est capable, lorsqu’on le sollicite, de fournir une nouvelle inspiration, une nouvelle étincelle de sens et de vie.

Saisi d’émerveillement devant cet amour, Paul s’écrie : « à Dieu soit la gloire ». Que signifie ici le mot gloire ?? De là où j’en suis arrivé dans ma compréhension des Écritures, je dirai ceci : L’amour du Christ est glorieux quand il se révèle à nous comme inépuisable, capable de susciter encore et toujours une nouvelle inspiration. Quand Paul dit : « A Dieu soit la gloire », c’est un cri de louange qui laisse transparaître un émerveillement respectueux devant un amour insondable, indomptable, inépuisable.

Quand Paul plie le genou, il laisse son enthousiasme, son zèle, son énergie être attirée par cet amour glorieux, car il le sent, il le sait, c’est lorsqu’il est au bénéfice de cette attraction qu’il donne le meilleur de lui-même, qu’il s’épanouit lui-même tout en faisant également le bonheur des autres. Dieu est glorifié quand Paul s’épanouit au service des autres.

6. Ainsi grâce à Bach et grâce à Paul, nous pouvons retrouver dans la devise des réformateurs « à Dieu seul soit la gloire », une sève prometteuse.

À nous à présent, dans notre quotidien, dans nos engagements, à nous de nous saisir de cette devise ! N’en faisons pas un slogan insipide et creux ! Mais saisissons-la cette devise comme une richesse héritée de ceux qui nous ont précédé dans la foi.

Et faisons de cette devise une occasion de laisser notre énergie, nos charismes et notre zèle être attirés par un amour qui nous fait advenir au meilleur de nous-même, et cela pour le plus grand bonheur de tous et pour la gloire de Dieu.

Amen

Luc-Olivier Bosset, le 27 octobre 2019 au temple de la Rue Maguelone; culte de la Réformation.
Crédit images: image SDG Bach de https://rivercityarp.org/tag/bach/; image 1 & 3: AvdL.

 

 


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