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52 ans de militantisme, 64 ans d’expérience accumulée ! Il pourrait en écrire des livres ! Révaz est pédiatre, psychopédiatre, enseignant et formateur en psychologie interculturelle, auteur d’articles sur l’intégration d’enfants d’autres cultures. Il est le cofondateur de Migrations Santé France en 1969 à Paris. À son arc, vous pouvez ajouter qu’il est aussi à l’origine des ciné-clubs en zone rurale (en 1979 à Sommières). Il a été formateur en analyse filmique et administrateur de Profil France. Il est aussi administrateur de l’AFEP, et le fondateur de Babel Café. Nous ne pouvions pas faire l’économie de vous présenter Révaz, un homme à l’humanité à fleur de cœur.

RNRévaz est un apatride, né à Paris en 1930 de parents réfugiés politiques. Il a choisi d’être français à 18 ans.

Les siens avaient fui la Géorgie lorsque l’Armée rouge envahit le pays en 1921. Dans les années 30, son grand-père, président de la "Colonie" géorgienne lui permet de découvrir la force du vécu « entre soi », l’entraide et la solidarité d'un groupe communautaire qui se serre les coudes pour survivre et d'une communauté exilée véritable cocon protecteur.

Confronté à l'extérieur, Révaz ne se sent pas très bien accueilli, il est "l’étranger" sur les bancs de l’école. Déjà pointent les questions : Comment découvrir la société française, ses habitants, la culture du pays d’accueil si on vit replié sur son passé et sur soi ?

En 1940, il fréquente le lycée Montaigne, pour les loisirs on tente l'école de Saint Sulpice voisine, qui, catholique, refuse d'inscrire un jeune orthodoxe. Qu’importe, sa grand-mère, américaine d’origine et professeur de français, emmène « son petit » à l’Oratoire du Louvre qui l'accueille aussitôt. Il découvre le scoutisme, débrouillard, Révaz est dans son élément se fait des amis, devient même chef de troupe.

À la fin de la guerre, avec les Eclaireurs Unionistes il est estafette dans les gares, hôtels et hôpitaux occupés par les rapatriés des camps ; il croise des déportés décharnés et perdus. C’est le temps de la découverte de la pauvreté chez l’autre, celle de celui qui vit au bas de la rue, celle des quartiers populaires.

Révaz commence à donner un coup de main aux grandes collectes du Noël des Vieux des Halles. Il se découvre aussi une famille spirituelle au contact des protestants libéraux. Il est généreusement adopté par la communauté protestante, il se convertit. Une expérience qui lui fait exclamer dans un grand sourire : « C’est le miracle de ma vie ! »

Un militant au travail

De 20 à 25 ans, il poursuit ses études de médecine. En même temps, il est confronté au contexte de la guerre d’Algérie qui le coupe douloureusement de l’amitié d’amis chers à ses yeux. En cause, son engagement tenace contre la torture et pour la justice…

Une idée qu’il se fait de la justice qu’il va chercher à défendre en répondant à l’appel du Centre Social Protestant : La Clairière. Cette dernière créée en 1911 par le pasteur Wilfred Monod, un des initiateurs du christianisme social, se définissait à l’origine comme un centre d’activité chrétienne, sociale, fraternelle, et était organisée par l’Église de l’Oratoire du Louvre.

Encore étudiant, Révaz y donne un coup de main bénévolement, s'y investit et, Président, parviendra à obtenir un agrément des services départementaux pour le centre de prévention de la délinquance qu’il gère, dans le quartier des Halles. Il poussera le conseil d’administration à élargir son champ d’action à la jeunesse grâce à sa fonction de Diacre et à la confiance qu'on lui fait. Il militera pour que le Centre embauche des professionnels diplômés, mobilise les paroissiens et décuple son développement.

Ses initiatives n'ont pu réussir que grâce à l'engagement sincère, continu et oblatif de nuées de bénévoles des paroisses et des jeunes. « Les bénévoles sont frères et sœurs de l'action dans le message chrétien »..

En 1953, il se fiance avec Françoise, enseignante militante, qui deviendra son épouse un an plus tard ; ils auront la joie de partager leur affection avec leurs quatre enfants.

Ses études de médecine terminées, installé en ville, le voilà embauché comme pédiatre à la Maternité des Diaconesses de Reuilly pendant une quinzaine d’années. Avec le pasteur Louis Simon, (célèbre exégète et défenseur de la Mission Populaire), Révaz milite pour leur rattachement aux hôpitaux de Paris, travaillant pour la laïcisation du complexe médical.

Une trajectoire

Révaz travaille et… travaille encore ; il se donne sans compter son temps et son énergie. Pour lui, ce vécu pluriel (centre social/hôpital) lui permet d’apprendre, d’expérimenter, de poser sa pratique et de développer des convictions qui font de lui un militant écouté. Après 1968, le voici du côté de ceux qui luttent contre l’ordre des médecins. Il intervient également sur le bidonville de Nanterre. Ils sont trois pédiatres à l’origine de la création du Comité médical santé des migrants qui leur permet de développer des campagnes de prévention à travers les enfants pour toucher leurs aînés. Et quand on lui demande, il lui arrive aussi de remplacer un pasteur.

En 1976, arrivé à Sommières Révaz est appelé par le SSAE (service social d’aide aux émigrants) de Montpellier. Il en profite pour réfléchir : « pourquoi un enfant de migrant, risque-t-il davantage l’échec scolaire ? » Il travaille alors ce que l’on appelle la psychologie des profondeurs, se forme à l’écoute des souffrances non-verbalisées (handicap) à l’écoute de son maître en la matière : Françoise Dolto. En 1982 il crée le CESAM, à Montpellier, Comité d’étude pour la santé des migrants.

Sensible au manque culturel de son village, il monte l’association « Loisirs et Animations Culturelles » à Sommières, qui propose des temps forts à la bibliothèque, des rassemblements festifs, des soirées poésies, un cine-club !…

En 1983, une première alerte médicale l’oblige à freiner son rythme effréné de travail, ce qui ne l’empêche pas d’accueillir sa tribu, l’été, dans sa maison à Sommières ni de planter 150 arbres fruitiers sur son terrain, aidé de son gendre.

Nouvelle étape

Nouvelle alerte grave en 1991, on pouvait imaginer que notre ami allait poser ses valises, se reposer un peu, avec son épouse dans le quartier des Arceaux à Montpellier où il part en retraiter… Que nenni, nous le retrouvons, gonflé à bloc, s’occupant du Césam. Il organise des formations, il part à la chasse aux subventions et continue à s’investir sur le terrain. Il travaille avec cinq psychologues cliniciens maghrébins, crée une consultation d'ethnopsychiatrie et poursuit son travail de recherche, met en place des groupes de paroles et d'analyse des pratiques. dans les écoles de la Paillade.

Il donne des cours à l’IUFM et, à des profs volontaires, sur demande à Lodève, Nîmes, Carcassonne. Avec son équipe ils forment les travailleurs sociaux du Conseil Général, les soignants des CHU qui les demandent. Et comme il a encore un peu de temps (sic), le voici qu’il s’engage avec Profil en assurant des séminaires de formation pour le cinéma.

Mais ce n’est pas tout, on le retrouve aussi en 2010 à l’AFEP (entraide protestante), administrateur de Gammes, issu du CSP Espoir aux côtés de Daniel Constantin le Président et de Jean-Luc Nègre, Directeur, il assure la pérennité du Centre social protestant, travaillant sans relâche à l’articulation entre bénévoles et salariés, pour lui, une dimension très importante du travail social.

En 2012, une excellente idée d’accueil, abritée dans les locaux de Brueys, voit le jour : Babel Café accueille pour un petit déjeuner dominical les sans-abris de Montpellier et ceux de passage. Il arrive que 180 personnes se pressent le dimanche matin pour un copieux plateau-café, un temps d’échange, un temps pour se retrouver : "Les gens sont des miracles qui s'ignorent" C.Bobin

Quatre années plus tard, c’est l’épicerie sociale Panier Babel qui est ouverte et qui permet aux personnes en difficulté de venir acheter des produits de première nécessité à 10 % de leur valeur.

La Diaconie, main tendue de l'Eglise, est toujours en marche !

Quelle retraite ?

solafidegratiaAujourd’hui, si Révaz lutte contre la maladie, il reste cet infatigable semeur d’idées, d’initiatives, un semeur, mais aussi un veilleur ! Affectueusement, il nous accueille chez lui, il partage son parcours, ses questions : c’est quoi la vie bonne ? Que fais-tu de ta vie ? Que transmets-tu ?

« On ne peut partager, qu’en chemin, en arrivant à vaincre ses propres faiblesses, ses craintes. Tout est lié à l’estime de soi. Quand tu es convaincu que ce que tu dis et ce que tu vis est en correspondance avec les autres, ceux qui souffrent, ceux qui attendent de voir un accord entre tes paroles et tes actes, alors on te prend au sérieux, alors tu deviens force de proposition… Alors enfin, tu hérites de la liberté de dire et de faire ! » 

Autrement dit, Révaz est un médiateur qui à travers son expérience et son partage, a appris, comme l'écrit Paul Ricoeur à "voir l'Autre comme mon semblable, et moi-même comme le semblable de l'Autre.", que s’engager pour l’autre donne une force extraordinaire qui maintient debout, enfin que tout effort pour rendre la vie bonne s’accompagne toujours de questions sur le sens de la vie et de "la place de l'esprit dans la conduite des hommes." Dit-il en citant Michel Bertrand.

Cela se vérifie aussi dans sa vie de couple : cela fait 60 ans qu’avec Françoise, ils ont le privilège de cheminer ensemble, de questionner leur histoire, leur vie commune de pleine entente et de respect, malgré les drames.

Un jardin de vie si riche et si productif que le parfum qu’il exhale est celui de la grâce.

Sola fide, sola gratia.

(article par Anne Heimerdinger, CEP 595,  avril 2016)


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