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Lorsqu’ils approchèrent de Jérusalem et qu’ils furent arrivés à Bethphagé, vers le mont des Oliviers, Jésus envoya deux disciples en leur disant : « Allez au village qui est devant vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse attachée, et un ânon avec elle ; détachez-lez et amenez-lez moi. Si quelqu’un vous dit quelque chose, vous répondrez : « Le Seigneur en a besoin. » Et il les laissa aller tout de suite. Cela arriva afin que s’accomplisse ce qui avait été dit par l’entremise du prophète : Dites à la fille de Sion : Ton roi vient à toi, plein de douceur, monté sur une ânesse, sur un ânon, le petit d’une bête de somme. (Zacharie) Les disciples allèrent faire ce que Jésus leur avait ordonné. Ils amenèrent l’ânesse et l’ânon, sur lequel ils mirent des vêtements ; il s’assit dessus. La plupart des gens de la foule étendirent leurs vêtements sur le chemin ; d’autres coupèrent des branches aux arbres et les étendirent sur le chemin. Les foules le précédaient et le suivaient en criant : Hosanna pour le Fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna dans les lieux très hauts ! Lorsqu’il entra dans Jérusalem, toute la ville fut en émoi. On disait : Qui est celui-ci ? Les foules répondaient : C’est le prophète Jésus, de Nazareth de Galilée.

Matthieu 21, 1-11 

mg2020 3Nous venons de lire le récit de l’entrée de Jésus à Jérusalem. J’aurais presqu’envie de lui donner comme titre : « Les Rameaux, une fête tragique ! »

Une fête tragique ! Pourtant tous les évangiles racontent cette entrée, c’est dire l’importance que Marc, Luc et Jean lui accordent également. Une fête tragique ! Pourtant tout commence dans la joie : c’est l’entrée triomphale du Messie dans sa ville, avec pour monture singulière un âne, un animal paisible, ne l’a-t-on pas mis dans le crèche ? L’âne, c’est la monture des humbles, selon ce qu’annonçait précisément Zacharie le prophète. L’âne, c’est aussi un symbole de paix, alors qu’un cheval a une connotation guerrière.

Une fête tragique ! Pourtant ce n’est que le début de la semaine sainte ; vous savez comment elle va se terminer : par la crucifixion, puis la résurrection, événements autrement importants.

Une fête tragique ! Pourtant cet épisode de l’entrée de Jésus dans Jérusalem est fondamental car déjà l’incompréhension de la mission de Jésus apparaît et le malentendu va commencer à s’installer entre une foule qui attend un roi et un Christ dont le royaume n’est pas de ce monde.

Cette arrivée d’un Messie pacifique, annonciatrice de réconciliation, réjouit tout le peuple. La foule l’acclame. La foule dispose des vêtements, des rameaux, des palmes sur son passage comme pour dérouler un tapis en son honneur. Tout cela signifie l’immense communion entre le peuple et son chef.

Tous attendent le miracle de la délivrance de l’occupation romaine et le rétablissement de l’indépendance et de la souveraineté d’Israël ! Mais, après les cris de joie lancés dans les rues en l’honneur du Roi : « Hosanna pour le fils de David ! Béni soit le fils de David !», voici que dès l’entrée à Jérusalem, on s’interroge sur son identité qui apparaît alors moins certaine : « Est-ce vraiment le roi attendu ? », demandent certains.

De proche en proche, on est alors amené à dire qu’il ne s’agit en fait que d’un prophète, le prophète Jésus ; qui plus est, un prophète venant d’une bourgade lointaine, quasiment inconnue, Nazareth, en Galilée...

De Messie à roi, fils de David, puis de fils de David à prophète, bientôt la foule déçue et, sans doute, manipulée demandera la mort de celui qu’elle désignera finalement comme « blasphémateur » ! Les Rameaux peuvent aussi être considérés comme une fête tragique. C’est d’ailleurs parfois le cas des fêtes excessives. Le malentendu durera tout au long de la semaine sainte, jusqu’au reniement, jusqu’à l’arrestation et l’exécution, hors de la ville, au Golgotha.

Mais ce malentendu est peut-être tout simplement le fait même de Jésus. Ne prend-il pas un risque en faisant une entrée triomphale dans Jérusalem ? N’est-ce pas lui qui décide d’effectuer ce geste prophétique (cf. Za 9/9 – Ml 3/1) ? N’est-ce pas lui qui assume l’annonce de la venue du Messie en sa propre personne ?

mg2020 1Et bientôt les rumeurs et les cris de colère s’entendront dans la ville : scandale ! incohérence ! contradiction ! Le Messie est vainqueur, il ne peut pas mourir ! Et le Seigneur tout-puissant ne peut laisser faire une chose pareille ! Car, s’il existe, comment peut-il accepter la mort de celui-là même qu’il envoie pour sauver le monde !

Sommes-nous aussi victimes de ce malentendu ? Ne savons-nous pas, contrairement à cette foule, que c’est la volonté du Seigneur qui va s’accomplir, qu’il a donné son fils unique, afin que quiconque croit en lui, ne périsse point, mais qu’il ait la vie éternelle ?

La fête des Rameaux commémore à la fois l’entrée triomphale de Jésus à Jérusalem et, en même temps, l’accomplissement de cette volonté. De fait, elle célèbre l’entrée dans nos vies, dans le plus secret de nos vies, de ce Messie paradoxal, tout-puissant et en même temps sans aucun pouvoir. Jésus est roi, mais son royaume n’est pas de ce monde. C’est avec les yeux de la foi seulement que nous pourrons discerner et voir ce qu’il nous révèle en vérité.

C’est avec le regard de la foi qu’il nous faudra comprendre et accepter le tragique de la mort lorsqu’elle nous guette, l’abjection de la souffrance quand elle nous étreint, et l’horreur de la méchanceté des hommes. Et c’est avec les yeux de la foi qu’il nous faudra saisir sa présence, là où précisément tout le monde dit autour de nous qu’il n’est pas là, qu’il est absent, qu’il a abandonné ses enfants à leur malheur, et déserté le monde.

Son royaume n’est pas de ce monde. Mais il s’y trouve cependant mystérieusement présent. Telle est notre certitude. Et celui dont l’évangile nous raconte qu’il entre à Jérusalem, est entré en fait en chacune de nos vies et signe sa présence au plus secret de nos vies.

Certains pourront croire alors, un peu naïvement, que puisqu’il est déclaré « roi », il peut sans aucun doute délivrer et guérir encore, comme un roi en son royaume ! Ceux-là courent cependant au-devant de belles désillusions, ayant de sa présence et de son pouvoir, comme les habitants de Jérusalem, une compréhension toute matérialiste, et ayant de la foi une vision utilitariste.

D’autres, au contraire, diront, sceptiques, qu’il n’y a là qu’un prophète. Et ils ne voudront courir aucun risque, restant prudents et n’engageant pas leur foi, demeurant sur une position d’attente. Et nous, que disons-nous ?

mg2020 2Humblement, nous attesterons aujourd’hui même que cette présence est bien celle d’un Messie, mais un Messie inattendu, discret, pacifique, et tout-puissant dans sa faiblesse même, car il manifeste son amour pour nous sans jamais se prévaloir d’une quelconque force triomphale, d’une quelconque force miraculeuse qui en impose, qui stupéfie les témoins, qui fascine, qui, pour tout dire, aliène.

Ce Messie inattendu laisse en revanche, à nos yeux, les yeux de la foi, la liberté de croire, de discerner, et de reconnaître qui il est. Quelques versets avant notre texte, Jésus ouvre les yeux de deux hommes qui vont décider de le suivre. Et juste après notre récit, il entre dans la cour du temple de Jérusalem et renverse les tables des changeurs et des vendeurs.

Ces gestes prophétiques, ouvrir les yeux des aveugles et redire ce pour quoi est fait le temple, à savoir la prière et l’action de grâces, ces gestes ont ici pour but de redire l’essentiel de la fête des Rameaux qui nous est laissé en forme d’impératifs :

OUVREZ LES YEUX !

Ouvrez les yeux de la foi, acclamez votre roi et priez le Seigneur, en toute circonstance ! Car il est entré dans votre vie. Il est entré dans notre vie y compris là où notre foi se trouve mise en question, y compris là où la royauté du Christ semble mise en doute, et y compris là où notre prière même semble vaine, inopérante, sans efficacité aucune, là où précisément il n’y a ni miracle, ni guérison ni triomphe : il est là, présent, mystérieusement vivant par notre foi. Il est le maître de notre vie.

Amen

Michel Graff (prédication prévue pour le culte des rameaux à Mauguio, le samedi 4 avril 2020)
Crédit images: unsplash.com


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