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 Le messager qui parlait avec moi revint et me réveilla comme un homme que l’on réveille de son sommeil. Il me dit : Que vois-tu ? Je répondis : Je vois un porte-lampes tout en or avec un réservoir à son sommet et sept lampes dessus. Il y a sept becs sur les sept lampes qui sont à son sommet ; deux oliviers le surplombent, l’un à la droite du réservoir, et l’autre à sa gauche. Je demandai au messager qui parlait avec moi : Qu’est-ce donc, mon seigneur ?  Le messager me répondit : Ne sais-tu pas ce que c’est ?  Je dis : Non, mon seigneur. Alors il me dit :Voici la parole du Seigneur pour Zorobabel :Ce n’est pas par la puissance, ce n’est pas par la force, mais c’est par mon souffle, dit le Seigneur (YHWH) des Armées.
 (…)
Ces sept lampes sont les yeux du Seigneur qui parcourent toute la terre.  Je lui demandai : Que sont ces deux oliviers, à la droite du porte-lampes et à sa gauche ? Je l’interrogeai une deuxième fois : Que sont les deux rameaux d’olivier, qui sont près des deux conduits d’or d’où coule de l’or ? Il me répondit : Ne sais-tu pas ce qu’ils sont ?  Je dis : Non, mon seigneur. Alors il dit : Ce sont les deux hommes de l’huile nouvelle, qui se tiennent debout devant le Seigneur de toute la terre. 

Zacharie 4,1-14 (traduction Nouvelle Bible Segond)  

lob 300820 11.« Ni par la puissance, ni par la force, mais par mon souffle / mon esprit. »

Ce verset  biblique tiré du livre du prophète Zacharie, ne pourrait-il pas nous servir comme devise pour aborder la rentrée ? Face aux projets à mener, aux activités qui reprennent, ne pourrait-on nous appuyer sur ce verset biblique pour cultiver un état d’esprit particulier ? 

Un état d’esprit qui ferait que nous nous engagerions dans nos différentes tâches, en ne cherchant pas à les réaliser de manière volontariste, « par la puissance ou par la force », mais en nous laissant plutôt être guidés dans leur réalisation par ce qui est de l’ordre de l’esprit ? 

 s’engager dans les différentes tâches, non de manière volontariste, mais en se laissant être guidé par l’esprit…

Certes, mais qu’est-ce que cela veut dire :  être guidé par l’esprit ? Voilà une question intéressante qu’il vaut la peine de méditer à présent. 

2. « Ni par la puissance, ni par la force, mais par mon souffle / mon esprit. »

Cette phrase est tirée de l’Ancien Testament, du livre du prophète Zacharie. Quand nous lisons les 14 chapitres de ce petit prophète, nous sommes plongés dans une époque particulière qui ressemble sous bien des aspects à une période de rentrée. 

En effet, le ministère de Zacharie s’est exercé au retour de l’exil, à un moment où, après près de 70 ans de désolation, le ciel s’éclaircissait. D’ailleurs pour percevoir  cette éclaircie, il suffit de s’arrêter à l’étymologie du prénom Zacharie qui signifie : Dieu s’est souvenu. Cette étymologie porte en elle la conviction que les temps sombres de l’envahissement du royaume de Juda, de la destruction de Jérusalem, de la déportation en exil à Babylone, eh bien que tous ces temps sombres sont désormais révolus, car l’envahisseur a été vaincu. Babylone est désormais aux mains d’empereurs perses beaucoup plus cléments vis à vis des juifs en exil et qui accordent à ces derniers le droit de retourner chez eux pour reconstruire le temple de Jérusalem. Donc, l’étymologie du prénom Zacharie rappelle que tous ces événements historiques sont interprétés comme étant des signes que Dieu s’est souvenu de son alliance, de sa fidélité.

Dans de nombreux passages de l’Ancien Testament, l’exil est vu comme une catastrophe. En miroir, nous pourrions raisonnablement imaginer que, du coup, la période du retour de l’exil est décrite comme une période lumineuse, pleine d’énergie et d’espérance. Or quand nous lisons le livre de Zacharie, nous réalisons que cela n’a pas été le cas. 

Les temps nouveaux sont là, mais la restauration tarde. Zorobabel, un juif exilé portant un nom perse ( signe qu’il s’est bien intégré dans la culture où il était exilé), arrive dans la capitale du royaume de Juda, avec dans ses bagages l’autorisation officielle de l’empereur perse pour que le temple de Jérusalem soit reconstruit.  Tous les obstacles politiques et économiques sont désormais levés, rien n’empêche plus le chantier de commencer. Or voilà que Zorobabel est confronté à un nouvel obstacle, bien particulier. Il trouve en face de lui des gens indifférents et pas motivés. Zorobabel a beau brandir victorieusement l’autorisation officielle, ses propos tournent à vide. Ils n’accrochent pas l’attention de ses auditeurs. Autour de lui, les gens ne se mobilisent pas. Le chantier n’avance pas. 

C’est dans ce contexte là que le prophète Zacharie adresse au nom du Seigneur cette parole à Zorobabel : 

« Ce n’est pas par la puissance,
ce n’est pas par la force,
mais c’est par mon souffle, mon esprit »

lob 300820 23. Il y a quelque chose de lumineux dans ce propos. Les siècles ont eu beau passé, cette phrase demeure pertinente pour nous encore aujourd’hui, car elle vise juste.

Oui, elle vise juste et je vais à présent, en vous livrant à 3 réflexions, vous expliquer pourquoi. 

Première réflexion : Cette phrase vise juste lorsqu’elle rappelle à Zorobabel que l’obstacle devant lequel il se retrouve ne pourra pas être franchi à grand renfort de démonstration de puissance. Ce n’est pas par la force qu’il arrivera à mettre en route ses partenaires.  Mais c’est en prenant plutôt appuis sur un autre levier, plus subtile, en prenant appuis sur le levier de l’esprit. 

Ce conseil ne cherche pas à rendre Zorobabel inactif. Il ne l’exhorte pas rester les bras croisés et à attendre que cela passe. Il l’invite à continuer d’agir, mais en veillant à être actif non pas par la puissance, ni par la force, mais par l’esprit. 

Ce verset n’est pas un appel à la passivité, mais plutôt, c’est une invitation à s’ouvrir pour recevoir d’au-delà de soi-même une inspiration permettant d’accomplir l’oeuvre qui doit être accomplie.  

Le mot hébreu ruah, traduit ici par esprit, signifie à l’origine l’air, l’atmosphère, l’espace large entre le ciel et la terre. Par ce mot, les écrivains bibliques cherchaient à décrire un élément mystérieux, invisible, qu’ils ne maitrisaient pas et qui pourtant est indispensable à la vie. C’est pourquoi, ce mot est devenu l’expression caractéristique du souffle vital, que l’on reçoit d’au-delà de nous-même, de Dieu, et grâce à qui, nous  pouvons mener notre vie. 

Si la force, la puissance sont des aptitudes que l’humain peut, avec de l’exercice, acquérir et posséder, il n’en va pas de même du ruah, du souffle vital. Ce dernier est toujours reconnu dans les Ecritures bibliques comme étant un don sur lequel l’humain n’a pas la main mise. 

Face aux résistances qu’il rencontrait, Zorobabel aurait tout à fait pu recevoir le conseil d’améliorer des aptitudes tout à fait humaines qu’il n'aurait pas encore suffisamment acquises. Devant les complications, il aurait pu s’entendre dire qu’il fallait insister, multiplier les efforts en continuant de faire ce qu’il faisait déjà. 

Or, cela aurait aboutit je crois à l’épuisement et au découragement. Si c’est phrase vise juste, c’est parce qu’au contraire, elle l’invite à s’ouvrir à quelque chose qu’il ne maîtrise pas, le ruah. Elle l’invite, non pas produire encore et toujours plus les mêmes efforts, mais à être régénérés par un souffle vital qui le dépasse et qui va l’inspirer pour faire autrement, différemment.

Donc, voilà où premièrement, cette phrase vise juste : lorsqu’elle nous invite, quand des obstacles se dressent sur notre parcours de vie, à ne pas nous tromper de réaction. Au lieu de faire et refaire ce que nous savons déjà, mieux vaut nous ouvrir à ce qui nous dépasse.

4. Si cette phrase vise juste, c’est aussi pour une deuxième raison. 

Avez-vous remarqué ? Zorobabel est invité à agir, non pas seulement par l’esprit, mais par « mon » esprit,  sous-entendu l’esprit du Seigneur. Ce pronom possessif est salutaire, car il rappelle que Zorobabel n’a pas à s’approprier le projet dans lequel il s’est engagé. Ce projet n’est pas le sien. Ce projet il en est responsable, pas  le propriétaire. 

Ce pronom possessif «  mon esprit » rappelle également que Zorobabel n’est pas le seul à porter le souci de la réalisation du projet. Autour de lui, il peut compter sur un soutien qui est tout aussi concerné, voir même plus concerné que lui.  Ainsi l’enjeu dans ce projet n’est pas que Zorobabel fasse tout, mais qu’il apprenne à faire alliance avec Celui qui comme lui désire la réalisation du projet. Ainsi l’enjeu, c’est que Zorobabel n’a pas à suivre absolument et fixement l’idée que lui a en tête ; son idée, mais de rester ouvert à l’esprit d’un autre. 

Dans nos différents activités, le découragement nous guette, je crois, lorsque nous nous sentons seul à tout porter, lorsque nous sentons sur nos épaules le poids écrasant de la tâche à accomplir, lorsqu’il nous nous sentons seul à avoir en tête l’idée qu’il faut suivre pour mener la barque à bon port. 

Dans ces moments-là,  cette phrase biblique vise juste parce qu’elle nous fait réaliser combien nous sommes entourés de  soutien, de relais, de personnes tout aussi concernées que nous le sommes par la réalisation de la tâche.  

Oui, cette phrase biblique vise juste en nous invitant à ne pas vouloir réaliser absolument l’idée que nous avons en tête, mais plutôt à accueillir ce qui advient en nous laissant être guidés non pas par notre idée, mais par l’esprit qui a inspiré cette idée.  Cette phrase biblique vise juste lorsqu’elle me rappelle que je n’ai pas à réaliser mon projet, bien plus j’ai à écouter Son esprit !  Voilà pour le deuxième point.

lob 300820 35. Venons-en à présent à ma troisième et dernière réflexion.  Quand nous feuilletons le livre du prophète Zacharie, nous réalisons que Zorobabel ne s’est pas confronté qu’à de l’indifférence. Il y avait autour de lui, d’autres personnes motivées à reconstruire le temple, mais qui, pour cela, ne voulait pas  agir comme lui, mais proposaient des chemins différents.

Dans le chapitre 4 que nous avons réentendu tout à l’heure, il était question de deux oliviers qui se tenaient à côté du porte-lampe, l’un à droite et l’autre à gauche. L’un de ces oliviers représente justement Zorobabel, qui était un leader plutôt politique, tandis que l’autre  olivier représente le grand-prêtre de l’époque, un certain Josué un leader donc religieux. Le prophète brosse un tableau, vous en conviendrez, équilibré et harmonieux. Chacun de ces leaders, même s’ils ont des fonctions différentes se retrouvent à une place équivalente qui leur permettent d’articuler en bonne intelligence leur compétence. Ces deux leaders ne sont pas en opposition, en rivalité, mais en complémentarité. 

En livrant cette vision, le prophète Zacharie n’est pas en train de dire qu’entre le grand-prêtre Josué et le leader civique qu’est Zorobabel, la complémentarité  règne et est bien installée. Au contraire, il y a de fortes probabilités pour que cela n’ait pas été le cas. Leur différence neutralisait les énergies et pourrait être à l’origine de la panne de motivation empêchant l’avancée du chantier. 

C’est pourquoi en livrant cette vision des deux oliviers, entourant de manière équilibre le porte-lampe, Zacharie livre aux uns et aux autres une perspective, invitant par la suite chaque clan à suivre cette perspective en se laissant être guidé, non par la puissance, ni par la force, mais par l’esprit du Seigneur qui a inspiré cette vision. 

Ainsi, si c’est phrase biblique vise juste, c’est parce qu’elle rappelle qu’être guidé par l’esprit du Seigneur, c’est écouter une voix qui vient de plus loin que celle de la rivalité et la volonté de vaincre et d’évacuer l’autre, c’est écouter une voix qui appelle à la réconciliation en reconnaissant à chacun un rôle et une place indispensable à la réalisation du projet. 

Ainsi apprendre à compter sur l’esprit, c’est apprendre à laisser nos organisations évoluer afin que chacun.e y trouve une place lui permettant d’apporter sa pierre à l’édifice. 

Voilà pour la troisième et dernière réflexion. 

6. « Ni par la puissance, ni par la force, mais par mon souffle / mon esprit. » Oui, en ce temps de rentrée, ce verset biblique peut être une bonne devise nous inspirant un état d’esprit particulier dans nos différents engagements, un état  qui soit :  

  • ouvert
  • à l’écoute 
  • réconciliateur 

Amen

Luc-Olivier Bosset, le 30 août 2020 au temple de la rue Maguelone et au bois des Aresquiers
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