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Culte de l'Église Protestante Unie de Montpellier & Agglomération le 7 février 2021 au temple à Cournonterral et le 14 février 2021 au Centre Œcuménique à Jacou. 

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Jésus leur disait encore : la lampe vient-elle pour être posée sous le boisseau, ou sous le lit ? N’est-ce pas pour être posée sur le porte-lampe ? Car il n’est rien de caché qui ne doive pas être manifesté, ni rien de secret qui ne doive pas venir en pleine lumière. Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! 

Marc 4, 21-23 (traduction Nouvelle Bible Segond)  

Vous pouvez voir le culte ici (la prédication suivent en dessous de la vidéo):

1. Commençons notre méditation de ce passage biblique par nous étonner de ce qui est écrit dans la langue originelle de l’évangile, de ce qui est écrit en grec. 

En effet, là où beaucoup de nos traductions françaises de la Bible disent : «  met-on une lampe sous le boisseau ou sous le lit » (sous entendu, c’est nous qui sommes les  acteurs de cette action),  le texte grec quant à lui  affirme  autre chose : « la lampe vient-elle pour être posée sous le boisseau ou sous le lit ? » . Dans le texte grec,  le sujet de l’action, ce n’est pas nous, mais c’est  la lampe. Percevez-vous la différence ? 

Là où nos traductions expriment l’idée que c’est nous qui sortons de nos armoires une lampe, le texte grec quand à lui souligne une autre idée : c’est la lampe qui vient à nous ; ce n’est pas nous qui décidons d’aller la chercher, elle surgit à l’improviste, elle s’impose à nous, bref, elle nous surprend, voir même elle nous dérange.

Du coup, que nous faut-il faire dans ces cas-là ?  

2. Je crois que cette métaphore d’une lampe qui surgit est là pour nous faire réfléchir sur nos réactions, quand de la lumière surgit et s’impose à nous. Oui, quand des éléments nouveaux surgissent et apportent un éclairage différent sur la situation que nous connaissions, comment réagissons-nous ? 

Avons-nous envie de l’étouffer ? Avons-nous envie de prendre la lampe à huile de l’époque et chercher à étouffer la flamme en la mettant sous un boisseau ? Ou bien, ce qui se révèle d’en dehors de nous-mêmes et qui nous surprend, doit-il être caché ? Quand ce qui se manifeste nous dérange, devons-nous par tous les moyens l’empêcher de rayonner, quitte à agir  de manière précipitée ? 

Par exemple, en faisant sans réfléchir le premier geste qui nous passe par la tête, c’est à dire mettre la lampe à huile sous un lit… Mais si nous mettons une lampe à huile sous un lit, cela va mettre le feu à toute la maison ! Du coup, nous voilà pris dans un engrenage infernal : plus nous évertuons à cacher cette lumière, plus elle s’impose encore plus au vu et au su de tout le monde. 

3. Or quand ce passage de l’évangile nous dit  : « il n’est rien de caché qui ne doive pas être manifesté, ni rien de secret qui ne doive pas venir en pleine lumière.», sur quoi attire-t-il notre attention ? 

Le message qu’il nous transmet, n’est-ce pas ceci : Quand la lampe vient à nous, à quoi cela sert-il de vouloir la cacher sous le lit ? Quand quelque chose se révèle à nous, à quoi cela sert-il de le refouler ou de détourner le regard ? 

Ne vaut-il pas mieux, même si cela nous dérange et nous fait peur, prendre le temps d’affronter cette nouvelle donne et regarder les choses en face. Dans l’évangile de Thomas, un évangile apocryphe, c’est à dire un texte qui n’est pas entré dans la collection des livres qui forme notre Bible d’aujourd’hui, donc dans l’ évangile de Thomas, nous retrouvons une formulation très proche de notre passage :  

« Connais ce qui  est devant ta vue, et ce qui t’est caché te sera dévoilé ; il n’y a rien de caché qui ne sera manifesté » (Ev Th 5)  Même si ce texte de l’évangile de Thomas n’a pas été retenu par la tradition, je trouve qu’il vaut la peine que nous le méditions :  

Connais ce qui est devant ta vue. C’est à dire : apprends à regarder ce que tu as sous les yeux, apprivoise ce qui se présente à toi. Ne le refoule pas, ne l’évacue pas. Même si cela te déboussole et te trouble, quand la lampe vient à toi, quand la lumière s’impose à toi, quand dans certaines situations la vérité éclate, ne te détourne pas. Apprends à connaître ce qui est devant ta vue. 

Apprendre à connaître, ne signifie pas adhérer immédiatement à tout ce qui est dit, mais plutôt, cela signifie se laisser être questionné, être rencontré par ce qui se dit et réfléchir à ce qui se révèle dans tout ce qui se dit.  

Que cette parole de l’évangile puisse guider notre discernement, à l’heure où dans notre actualité viennent au grand jour de multiples situations d’incestes… Oui, que cette parole de l’évangile inspire notre écoute et nos actions afin que nous ne mettions pas la lampe sous le boisseau ou sous le lit.  Mais que nous ayons les ressources personnelles et collectives pour affronter la situation. 

4. Dès lors si une lampe vient à nous, où la mettre si ce n’est pas sous le boisseau ou sous le lit ? Tout simplement sur le porte-lampe. Mettre la lampe sur le porte-lampe, c’est  lui trouver une place où elle peut tranquillement briller. Une place où elle accomplit sa tâche (elle éclaire) sans être cachée  (au vu et au su de tout le monde), mais aussi sans détruire.

Cette métaphore du porte-lampe est là pour nous inviter, quand quelque chose se révèle à nous, à chercher la juste place qui permet à cette lumière de tranquillement nous éclairer sans que nous soyons préoccupé, angoissé ou ravagé par elle. 

lob210221 25. Et pour nous exhorter à chercher cette juste place, l’évangile nous rappelle que : « il n’est rien de caché qui ne doive un jour être manifesté, ni rien de secret qui ne doive un jour venir en pleine lumière. Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende ! » 

Par la manière dont les choses sont exprimées ici, nous pourrions tout à fait prendre ces propos non pas comme une exhortation, mais comme un avertissement intimidant. 

Qu’il nous faut trouver le porte-lampe, sinon un jour le réveil sera dur. Qu’il nous faut prendre le temps d’écouter les signaux quand ils surviennent, sinon un jour nous allons nous réveiller en réalisant que les choix que nous avons fait n’étaient finalement que fondés sur du sable, et non sur du roc ; qu’il nous faut prendre le temps d’écouter les signaux, sinon nous allons nous réveiller en réalisant que les activités que nous avons exercées avec enthousiasme n’étaient finalement que superficielles et vides. 

Oui, nous pourrions entendre dans cette parole de l’évangile qu’un avertissement intimidant. Attention prends le temps d’écouter les signaux, sinon gare à toi… Mais si nous ne retenons que cela de ce passage, nous n’écoutons pas l’évangile jusqu’au bout. La phrase affirmant « Si quelqu’un a des oreilles pour entendre, qu’il entende » est là justement pour nous encourager à aller plus loin dans notre écoute. 

Car cette phrase « il n’est rien de caché qui ne doive un jour être manifesté, ni rien de secret qui ne doive un jour venir en pleine lumière » ne nous parle pas que de réveil douloureux. Cette parole nous parle aussi de la grâce.Cette parole nous parle aussi de ces retournements où tout à coup nous réalisons que ce que nous avons fait a plus de valeurs que nous l’imaginions.  

Par exemple, nous pensions qu’une jeune adolescente perdait son temps et son énergie en allant le vendredi devant le parlement de Stockolm pour faire un grève scolaire pour le climat…, jusqu’au jour où nous réalisons en voyant la mobilisation qu’elle a suscitée, combien elle mettait en lumière une question essentielle dont souvent nous détournions le regard ou que nous refoulions.  

Il y a des petites actions qui ont beau paraître insignifiantes, cachées et modestes. Il n’en demeure pas moins que, quand elles sont ancrées dans une raison d’être saine, quand elles ont trouvé leur porte-lampe, alors ces actions avec justesse et vérité orientent le projecteur vers des choses que nous voulions cacher; et parce qu’elles sont ancrées au bon endroit, ces actions ont de l’aplomb. Elles peuvent brillent tranquillement sans chercher à prouver quelque chose ou à endoctriner qui que ce soit. 

Du coup, parce qu’elles brillent tranquillement, loin de nous faire peur, elles nous donnent envie de faire du ménage dans notre vie; elles nous donnent irrésistiblement envie de réajuster nos priorités. C’est cela la lumière de la grâce : une lumière qui brille tranquillement et qui loin de nous faire peur attire irrésistiblement notre attention vers l’essentiel.

Quand une telle lumière parvient jusqu’à nous et s’impose à notre conscience, alors nous ne nous sentons pas condamné, mais nous nous sentons plutôt inviter à réorganiser notre vie en mettant au centre ce qui est important. 

lob210221 36. Dans l’évangile, Jésus nous est justement présenté comme cette lampe, comme cette lumière de la grâce qui vient à nous. La lumière de la grâce qui vient à notre rencontre sans que parfois nous l’ayons cherché, comme par exemple lorsque Jésus arrête le cortège funèbre sortant de la ville de Naïn (Luc 7,11-17), parce qu’il est ému par cette mère qui a perdu son fils ; cette mère n’avait rien demandé, mais Jésus va au devant d’elle et apporte de la lumière dans une situation qui était complètement nouée. 

Selon les paroles mises dans la bouche de Syméon (Luc 2,34), la lumière de la Grâce provoque la chute, mais aussi le relèvement de beaucoup en Israël. Cette lampe qu’est Jésus, par son éclairage bouscule et désorganise, mais parce qu’elle ne condamne pas, permet aussi de réorganiser les choses autrement.

Cette lampe bouscule comme lorsqu’elle met en lumière le tiraillement travaillant le fond des coeurs, comme lorsqu’elle révèle à l’homme riche cette manière de s’attacher à ses acquis qui l’empêche d’aller au bout de son intention ; 

En nous exposant à la lumière de l’évangile, nous nous exposons à un éclairage qui nous permet de réaliser combien parfois nous sur-investissons  les biens que nous avons, les relations que nous tissons, combien nous en attendons trop et du coup, ces biens, ces relations ne peuvent plus apporter ce qu’ils pourraient nous apporter parce que nous leur en demandons trop. Mais si cet éclairage  bouscule, ce n’est pas pour nous faire chuter, bien plus c’est pour nous relever. 

Dans l’évangile, il nous est aussi raconté que Zachée, un homme fourbe et corrompu, se cachait dans un arbre pour voir passer Jésus de loin. Or Jésus s’arrête, le regarde et s’invite chez lui. Ce faisant il le bouscule. Il l’invite à sortir de sa cachette et à descendre de la tour de ses certitudes. Ce qui motive une telle mise en lumière chez Jésus, ce n’est pas la condamnation et le jugement. C’est l’envie de vivre une relation avec lui. Se sentant accueilli, Zachée s’ajuste et change sa manière d’être en relation avec les autres. 

L’éclairage que le Christ apporte bouscule, il vient requalifier nos actes. Cependant, il ne laisse pas d’amertume. Car cet éclairage révèle combien Dieu en nous bousculant cherche à nous faire participer à une vie relationnelle de meilleure qualité, cherche à développer avec nous une relation plus profonde et intime, de manière à ce que nous puissions être aussi en relation plus intime et profonde les uns avec les autres. 

Si la lumière apportée par le Christ bouscule, c’est dans le but de nous faire participer à une autre qualité de relations.

7. Oui, l’évangile nous parle de cette grâce lumineuse qui ne cesse de venir à notre rencontre, cette grâce qui nous cherche, qui nous questionne jusqu’à ce que nous trouvions le porte-lampe nous permettant de laisser nos actes et nos paroles briller tranquillement.

Une grâce qui nous cherche, qui nous interpelle jusqu’à ce que nous participions pleinement à une vie relationnelle de qualité.  

Amen

Luc-Olivier Bosset, le 7 février 2021 et le 14 février à Jacou.
Crédit images: 1. Photo par Haley Truong sur Unsplash; 2. Hanna FRANZEN / TT News Agency - AFP; 3. Photo par Tiko Giorgadze sur Unsplash.


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