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Prédication de Luc-Olivier Bosset le 21 février 2021 au temple à Cournonterral.

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Voici ce que je dis, mes frères : le temps se fait court ; désormais, que ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’en avaient pas,  ceux qui pleurent comme s’ils ne pleuraient pas, ceux qui se réjouissent comme s’ils ne se réjouissaient pas, ceux qui achètent comme s’ils ne possédaient pas, et ceux qui usent du monde comme s’ils n’en usaient pas réellement, car ce monde, tel qu’il est formé, passe.

1 Cor 7, 31 (traduction Nouvelle Bible Segond)   

 

1. « Le temps se fait court ; (…)  désormais que ceux qui usent du monde soient comme s’ils n’en usaient pas réellement, car ce monde, tel qu’il est formé, passe. »

Avec de tel propos, Paul nous invite à cultiver une liberté dans la manière dont nous nous investissons dans nos relations ou dans nos engagements. Comprenez-moi bien : je ne crois pas que Paul nous encourage à devenir indifférent, à nous détacher de tout et à nous intéresser à rien. Au contraire, il nous invite à trouver la manière juste de nous situer dans nos relations, dans nos engagements. 

Trouver la juste place, celle qui correspond à notre rôle, à nos ressources et à nos limites ;  Trouver la juste manière, celle qui correspond à nos valeurs et à nos convictions Trouver la juste attitude, celle qui correspond au moment et à la situation.

Pour trouver cette justesse, il faut oser exercer sa liberté. Cette liberté qui nous permet de sortir des habitudes ou des conventions, et de réfléchir. Cette liberté qui injecte du choix dans nos évidences. 

Quand de manière quelque peu provocante Paul affirme  « que ceux qui achètent soient comme s’ils ne possédaient pas », il injecte du choix dans nos évidences. Quand j’achète quelque chose, vu que j’en ai payé le prix, il est normal que j’en sois le propriétaire, que je le possède, non ? 

Eh bien, justement, même dans cette évidence-là, comme dans tant d’autres, Paul nous rappelle qu’il n’y a pas une seule et unique manière de nous comporter. Nous pouvons acheter sans ensuite posséder les choses, sans être possédé par elles. Ne soyons pas pris par le prix mis pour acheter des choses. 

Quelle que soit la situation dans laquelle nous nous trouvons, nous sommes toujours devant plusieurs possibilités. Nous pouvons toujours choisir comment nous investir. Nous pouvons toujours choisir comment nous impliquer pour trouver le comportement qui est le plus ajusté à nos convictions, au sens que nous donnons à la vie.  

Oui nous sommes appelés à exercer notre liberté ! 

2. Sentez-vous la sagesse qui est contenue dans ces  propos de Paul ? Oui, ces propos sont sages, car ils nous invitent à avancer en n’ayant pas le nez coincé dans le guidon. Ils nous invitent à prendre du recul.  Car notre destinée d’humains dotés d’une conscience, n’est pas d’être des taureaux qui lorsqu’on leur enlève la cloison et qu’on agite un chiffon de couleur devant leur vue foncent droit devant, et entrent tête baissée dans l’arène. 

Au contraire, nous accomplissons notre destinée d’humain lorsque nous agissons mus grâce à la réflexion. En nous invitant à réfléchir à la manière dont nous nous impliquons, Paul nous encourage à cultiver ce qui nous aide à dépasser ce qui fait de nous des taureaux fonçant tête baissée, c’est à dire cultiver ce qui aide à dépasser les pressions extérieures, mais aussi les pression intérieures ( nos angoisses, nos pulsions)  qui toutes  nous poussent à agir dans la précipitation, afin que le moteur qui nous pousse à l’action soit un moteur sain.

lob210221 23. Au fil de chacun de nos parcours, n’avons-nous pas appris cette sagesse grâce à des expériences riches, lumineuses, mais peut-être aussi à cause d’expériences douloureuses ? 

Il peut être douloureux d’apprendre à mettre une distance d’avec nos émotions que ce soit l’enthousiasme (que ceux qui se réjouissent soient comme s’ils ne se réjouissaient pas) ou bien la tristesse (que ceux qui pleurent comme s’ils ne pleuraient pas). 

Il peut être également douloureux d’apprendre à prendre du recul dans des relations d’avec ceux qui nous sont proches comme peut l’être un conjoint (ceux qui ont une femme soient comme s’ils n’en avaient pas). Cependant, si ces expériences nous permettent de nous ajuster pour ensuite être mû par un moteur sain, alors ces expériences, même les plus douloureuses, ne seront  pas vaines.  

4. Mais qu’est-ce qu’un moteur sain, me direz-vous ? Pour répondre à cette question, intéressons-nous à une expression de Paul mystérieuse, mais ô combien intéressante. 

C’est l’expression qui ouvre son propos : « le temps se fait court »

Quand Paul écrit qu’il nous faut « user du monde comme si vous n’en usiez pas réellement, car ce monde tel qu’il est formé passe », nous pourrions penser qu’il parle comme quelqu’un qui s’est brûlé les ailes, quelqu’un qui après avoir fait un burn-out réalise amèrement qu’il a trop attendu, qu’il s’est trop investi, qu’à force de vouloir  boucher tous les trous, il s’est épuisé et perdu. 

Oui, nous pourrions penser que le moteur qui anime Paul en parlant comme il le fait (que ceux  qui usent du monde soient comme s’ils n’en usaient pas réellement) est un moteur cynique, caustique, désabusé, un moteur qui tourne grâce au fiel acide de la déception.  

Mais ce n’est pas le cas !  Dans ce qu’il écrit, nous ne sentons pas poindre de l’amertume. Au contraire, s’il nous faut exercer notre liberté, c’est parce que le « temps se fait court ». 

Voilà le moteur sain qu’il nous dévoile. Pourquoi cultiver de la distance ? Pourquoi prendre du recul vis à vis de nos émotions, vis à vis de nos engagements et nos relations ? 

Parce que le « temps se fait court ».  

5. Que signifie cette expression : « le temps se fait court » ? Reconnaissons tout d’abord que dit de cette façon, cette expression nous fait penser à ces examens où soudain l’examinateur rappelle : « vous n’avez plus que 20 minutes ». 

Et du coup, nous pourrions penser que cette expression signifie : Dépêchez-vous d’exercer votre liberté maintenant, si vous ne l’avez pas encore fait, parce qu’après ce sera trop tard ! Est-ce bien cela le moteur sain dont nous parlerait Paul ? Une sorte de rappel de l’horloge qui peut soit nous tétaniser, soit nous précipiter hors de nos hésitations. 

Je ne le crois pas. 

Paul nous invite à chercher un moteur sain ailleurs. Pour cela, il nous faut en revenir au grec. Car en creusant le champ lexical du verbe grec ici utilisé, nous découvrons que ce verbe vient de la navigation maritime. Et qu’il signifie carguer les voiles. En langage maritime, on cargue les voiles, c’est à dire on les rend compact, on les replie, quand on arrive dans le port. 

Ainsi l’expression, « le temps se fait court » pourrait tout aussi bien se traduire : le temps a cargué ses voiles, le temps est devenu compact car il est arrivé à bon port. De plus, en grec, on réalise que le mot utilisé pour dire « le temps » n’est pas le mot « chronos ». Le temps que l’on chronomètre, mais le temps « kairos ».  Le mot kairos  serait mieux traduit par un moment opportun, une occasion favorable. 

Ainsi, notre expression devient : l’occasion favorable a cargué les voiles. 

Comment comprendre cette métaphore ? Dire que les voiles de l’occasion favorable ont été carguées, c’est dire qu’on n’a plus besoin de l’attendre. Car cette occasion favorable est arrivée à bon port. En parlant d’une occasion qui a cargué ses voiles, Paul fait part d’un éblouissement.  

En effet, à un moment donné, lors d’une occasion favorable, Paul a vécu une prise de conscience salutaire. C’est comme si des portes s’étaient entrouvertes, et dans leur entrebâillement, il avait aperçu son port, il avait  aperçu en une fraction de seconde la vraie destination de sa vie.

Grâce à la résurrection de Jésus le crucifié, Paul comprend que l’intention de Dieu est de faire entrer chaque humain dans le havre paisible d’une communion consciente, pleine et réconciliée avec lui le Créateur, et ainsi grâce à cette communion pacifiée avec son Créateur, chaque humain pourra également entrer dans une communion pacifiée avec les autres. 

C’est cela le port : entrer dans une communion pleine, intime, pacifiée avec Dieu et donc aussi une communion pacifiée avec les autres. Même la crucifixion de Jésus n’est pas arrivée à rompre cette communion voulue par Dieu, même l’abondance du péché n’a pas réussi à empêcher Dieu de nous faire revenir au havre paisible d’une communion pacifiée avec Lui. 

Pour Paul, ce port est désirable, car c’est un espace où circule un amour de qualité; un amour qui croit tout, qui espère tout, qui endure tout, un amour qui ne disparait jamais. 

lob210221 36. Ainsi vous comprenez quel est le moteur qui anime la liberté chez Paul ? S’il faut exercer sa liberté par rapport à ses émotions, par rapport aux autres ou par rapport au monde, s’il faut exercer sa liberté, ce n’est pas mû par la déception et l’amertume (ne vous fiez pas à vos émotions, n’attendez pas trop des autres, car rien n’est fiable)…

Ce n’est pas par pessimisme ( ce monde passe, à quoi cela sert-il de s’en soucier, il n’y a rien à faire)…Ce n’est pas par cynisme ( ce monde passe, alors profitons-en pour en user et abuser, et après nous le déluge…)…

S’il faut exercer sa liberté, ce n’est pas mû par ascétisme (il faut se serrer la ceinture pour gagner et mériter son salut). Non le moteur qui anime Paul, c’est cette attirance qu’il ressent pour cette qualité de relation offerte par Dieu, cette attirance pour cette qualité d’amour qui se vit dans ce havre paisible. 

Si Paul prend de la distance vis à vis de ces émotions, ses engagements, c’est pour les ajuster de manière à ce qu’ils deviennent une occasion favorable d’avancer vers la vraie destination de sa vie. Si Paul exerce sa liberté, c’est pour que ses relations et ses engagements deviennent des occasions favorables lui permettant de manière plus intime et profonde cette qualité d’amour, cette communion pacifiée avec Dieu.  

7. Cette communion pacifiée entr’aperçue est devenue son repère. Cette qualité d’amour est devenue son phare. Du coup, dans sa navigation, dans la traversée de ses journées, dans les liens qu’il tisse, dans les engagements qu’il assume, il cherche à  s’ajuster à ce phare.  

Car quand ces liens et ces engagements sont ajustés à cette grâce, quand ils ne sont pas surinvestis, c’est à dire quand il n’attend pas d’eux qu’ils lui apportent la communion pleine et entière que seul peut apporter Dieu, alors ces relations et ces engagements deviennent tous des occasions favorables où s’épanouit ce qu’il a de meilleur en eux.  

Voilà le moteur qui le pousse à exercer sa liberté : parce qu’il est attiré par un amour de qualité, parce qu’il est convaincu que c’est dans cet amour de qualité que chaque chose trouve son épanouissement, Paul nous invite à cultiver vis à vis de nos propres émotions, vis à vis de nos relations, vis à vis de nos engagements un certain recul. 

8. Paul injecte du choix dans nos évidences pour que nous réfléchissions et que nous nous posions plusieurs questions : 

Quand avons-nous nous-mêmes vécu un éblouissement ? Quand avons-nous entraperçu la vraie destination de notre vie ?  Est-ce que mes émotions, mes relations, mes engagements sont ajustés par rapport à ce qui s’est révélé grâce à cet éblouissement ? Est-ce qu’ils sont des occasions favorables me permettant de découvrir la hauteur, la profondeur, la largeur de cet amour de qualité dont  chacun.e, nous sommes aimés ?

Si la réponse se révèle être « oui », alors vogue joyeusement, car plus tu apprécieras tes relations et tes engagements, plus tu navigueras vers le havre pacifié.

Si la réponse se révèle être « non », arrête-toi, fais-le point, exerce ta liberté, ajuste ce qui mérite d’être ajusté afin que tu puisses retrouver le cap qui t’emmènera à bon port.

 

Amen

 
 

Luc-Olivier Bosset, le 21 février 2021 à Cournonterrall.
Crédit images: 1: photo par Annie Spratt sur Unsplash; 2: photo par Ricardo Gomez Angel sur Unsplash; photo par Jamie Morrison sur Unsplash


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