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Lorsque arriva le jour de la Pentecôte, ils étaient tous ensemble en un même lieu. Tout à coup, il vint du ciel un bruit comme celui d'un violent coup de vent, qui remplit toute la maison où ils étaient assis. Des langues leur apparurent, qui semblaient de feu et qui se séparaient les unes des autres ; il s'en posa sur chacun d'eux. Ils furent tous remplis d'Esprit saint et se mirent à parler en d'autres langues, selon ce que l'Esprit leur donnait d'énoncer. Or des Juifs pieux de toutes les nations qui sont sous le ciel habitaient Jérusalem. Au bruit qui se produisit, la multitude accourut et fut bouleversée, parce que chacun les entendait parler dans sa propre langue. Etonnés, stupéfaits, ils disaient : Ces gens qui parlent ne sont-ils pas tous Galiléens ? Comment se fait-il que chacun de nous les entende dans sa langue maternelle ? Parthes, Mèdes, Elamites, habitants de Mésopotamie, de Judée, de Cappadoce, du Pont, d'Asie, de Phrygie, de Pamphylie, d'Egypte, de Libye cyrénaïque, citoyens romains, Juifs et prosélytes, Crétois et Arabes, nous les entendons dire dans notre langue les œuvres grandioses de Dieu ! Tous étaient stupéfaits et perplexes ; ils se disaient les uns aux autres : Qu'est-ce que cela veut dire ? Mais d'autres se moquaient en disant : Ils sont pleins de vin doux !

« Là où est l’Esprit du Seigneur, là est la liberté » , la sienne et les nôtres   

Actes 2, 1-13

1. Samson héros agité par l’Esprit

On raconte que le souffle, l’Esprit de Dieu commença un jour à agiter Samson, à le travailler. Je pense que Samson, ce héros solaire et tragique, ce héros aux longs cheveux puis au crâne rasé ne vous est pas totalement inconnu. Ainsi que son intrigue amoureuse avec la belle Dalila. Dans la Bible, vous trouvez son histoire dans le livre des Juges.[1]

L’histoire raconte que Samson grandit, alors l’Esprit de Dieu commence à le travailler. Et plus tard de nouveau qu’il s’empare de lui… et puis on n’en parle plus. Soit parce que l’effet dure longtemps. Soit l’inverse …parce qu’il a disparu. Difficile à savoir vous vous en doutez.

L’histoire de Samson est abracadabrante, aussi burlesque que tragique. Et à la Pentecôte, la tombée de l’Esprit saint sur les apôtres et les effets produits, ont quelques airs communs même si le récit que nous avons entendu, est beaucoup plus… sobre. Et nos cultes solennels de Pentecôte bien plus modérés.

 Vous les catéchumènes qui aujourd’hui avez reçu le signe du baptême ou confirmé le signe du baptême que vous aviez reçu enfants, je ne vous souhaite pas un devenir comme celui de Samson même si la vie, et la vie avec Dieu est une aventure avec sa part d’imprévisibles.

Néanmoins se pose la question, pour vous comme pour moi, et nous tous : quand est-ce que l’Esprit nous saisit/intervient? Et surtout/ en quoi l’Esprit de Dieu est un « carburant » ? En quoi mais aussi pour quoi ? Pour quoi faire ? pour vivre quoi? pour quelle parole ? pour quel service ?

2. Baptême de feu, l’imprévisible

Les apôtres avaient reçu de la part de Jésus cette promesse : « Jean a baptisé d’eau, mais vous, c’est un baptême dans l’Esprit saint que vous recevrez d’ici peu de jours » (Act. 1,5).

Le baptême d’eau était volontaire. Au bord du Jourdain Jean dit le Baptiseur baptisait ceux qui venaient chercher le baptême. Là…le baptême d’Esprit apparemment ne se demande pas, il se reçoit. Il s’attend quand même comme une promesse. Mais l’Esprit saint agit tout de même, comme il le souhaite et quand il le souhaite. C’est toute la  liberté de Dieu. Comme dit l’apôtre Paul « là où est l’Esprit du Seigneur là est la liberté » (2 Cor.3,17)

Aujourd’hui c’est pour vous jour de baptême et de confirmation, mais comme pour Samson, qui sait quand l’Esprit de Dieu a commencé à vous travailler ?

Le récit de Pentecôte que nous avons entendu n’est qu’un début presque timide par rapport à ce qui va advenir dans la suite du livre des Actes des Apôtres, qui pourrait tout aussi bien s’appeler les Actes de l’Esprit Saint ! Disons qu’ensuite (après Pentecôte) l’Esprit saint agira en faisant moins de bruit – comme pour nous aujourd’hui-  mais peut-être de façon bien plus dérangeante.

Dans le récit de Pentecôte ce dit-baptême dans l’Esprit, se raconte une première fois avec des mots-images, avec des langues comme du feu qui se posent sur chacun des apôtres réunis et qui les fait parler dans d’autres langues et langages. Ce n’est donc plus le symbole de l’eau mais celui du feu… ce qui n’est pas étranger au héros solaire nommé Samson. Je ne veux pas parler ici de son côté parfois pyromane, mais de cette ardeur, de cette incandescence qui ne se maîtrise pas. Et qui saisit. Qui éveille, réveille, et met en route.

C’est aussi par l’image du feu que les deux disciples d’Emmaüs traduisent leur expérience avec Jésus ressuscité, (qu’ils n’avaient pas reconnu sur le chemin) lorsqu’ils se disent entre eux: « notre cœur ne brûlait-il pas en nous lorsqu’il nous parlait en chemin et nous ouvrait le sens des Ecritures ? » (Luc 24,32).

Je trouve que Pentecôte célèbre d’abord la surprise, le côté imprévisible de Dieu qui nous saisit, nous met en chemin, nous ouvre le sens, et celui des Ecritures qui deviennent paroles vivantes ou paroles en actes !

C’est risqué parfois mais ça ne se vit pas tout seul ; c’est ensemble que les apôtres reçoivent l’Esprit saint comme nous sommes ensemble ce matin. C’est risqué mais c’est gonflé d’espérance comme une naissance. Une fois né, on le sait, on ne revient pas en arrière. On y va.

C’est ce que Jésus a dit à Nicodème : il s’agit de naître de nouveau et d’en haut et pas de retourner dans le ventre de sa mère, pas de recommencer à zéro mais de commencer à nouveau (Jean 3,4-8).

amorin20213. Dedans vers dehors et ensemble

Le récit de Pentecôte fait du bruit et du buzz mais en fait, il n’y a rien à voir.

Même si une multitude accourt aux bruits des langues qui succède au coup de vent. On nous a raconté que les apôtres sont dans la maison quand ça se produit. Mais quand la multitude accourt on dirait que la maison n’a plus de murs, est sans murs. Et de fait elle l’est.

L’événement de Pentecôte c’est bien sûr sortir de l’entre-soi. Et c’est entrer dans une certaine intranquillité, mais je dirais qu’ici c’est : entrer tranquillement dans une certaine intranquillité. Peut-être que pas plus que vous, pas plus que moi, les apôtres étaient prêts à ce qui se passe, prêts à s’exposer, à prendre des risques, à découvrir possible ce qu’ils croyaient impossible. Peut-être qu’ils auraient demandé du rab de KT ou une nouvelle formation avant d’être lâchés dans la nature, ou plutôt lâchés dans le témoignage en actes et en paroles. Mais/ ça ne leur est pas accordé. Ca ne leur est plus accordé. Il s’agit d’y aller avec ce qu’on est. Et ce qu’on n’est pas.

Quand j’étais pasteur dans la région Ouest il y a eu une série de synodes régionaux sur ce thème du témoignage et qui se sont successivement appelés: Deviens témoin ! Va avec la force que tu as ! Oui mais vas-y !

Contrairement à Samson qui n’a pas toujours compris que sa force était un service et non un exploit, à la Pentecôte les apôtres sont direct plongés dans l’Esprit non pour un développement personnel, mais pour  tous ces autres pour lesquels ils font entendre les merveilles de Dieu, tous ces autres  pour lesquels ils rendent Dieu familier, ces autres qu’ils touchent au cœur dans une langue compréhensible comme une langue maternelle qui se passe de mots,

car c’est d’abord la langue d’une présence et d’une présence qui met en confiance. Dans l’événement de Pentecôte, chacun s’entend comme familier de Dieu, aimé, entendu, reconnu par Dieu.

Ce service, ce témoignage est le début d’un défi pour eux comme pour nous aujourd’hui, car toute génération a son défi pour témoigner d’un Dieu qui ne plombe pas, qui ne surplombe pas mais qui parle coeur à cœur et dégage un sens à nos vies. Pour témoigner d’un Dieu dont la totale liberté est garante de la mienne de la nôtre.

C’est pas facile, pas facile d’oser, pas facile de s’adapter aux multiples situations où témoigner est nécessaire même indispensable, témoigner bien sûr toujours en actes ou en paroles. C’est peut-être bien flou « témoigner en actes et en paroles », c’est pas plus précis que « raconter les merveilles de Dieu » mais c’est pour laisser à chacun la liberté et l’intelligence d’adapter, d’ajuster ce qu’il a à dire ou à faire dans telle ou telle situation concrète.

C’est pas facile ou pas facile tous les jours, de se laisser engager là dedans. Mais le récit de Pentecôte nous rappelle qu’on ne vit pas seul cet engagement. L’Esprit met ensemble, chacun avec sa propre langue, sa propre expression mais c’est pas un événement pour soi ni individuel, c’est un événement collectif. On n’est pas seul à être impliqué. Mais Dieu nous appelle et nous donne à chacun, pour un service qui n’est pas forcément celui du voisin.

Comme le dit une prière inspirée d’une parole de sagesse juive[2] : « un jour Dieu ne te demandera pas pourquoi tu n’as pas été un tel ou un tel, mais il te demandera : as-tu été qui je t’ai donné et ordonné d’être ? »

4. La question vaut mieux que le vin doux

Et ce que je préfère dans le récit de Pentecôte c’est la fin. Ceux qui sont touchés par les apôtres se demandent ce que ça veut dire, et ceux qui ne sont pas touchés rigolent en disant : « ils sont plein de vin doux »

Si on voulait se prendre au sérieux, c’est raté ! Certes :  s’impliquer avec soin dans le service pour lequel Dieu nous attend, et nous inspire. Mais, /ne pas se prendre au sérieux dans cet engagement. L’Esprit saint de toutes façons a un certain humour pour nous faire vivre ce qu’on aurait volontiers évité, ou pour recycler nos peurs en possibles, et nos préjugés en ouvertures. On en est après coup, les premiers surpris. J’aime beaucoup cette phrase du théologien Alexandre Vinet[3] : « Là où l’erreur n’est pas libre, la vérité non plus. Là où le doute n’est pas possible, la foi non plus ».

Ces deux phrases nous invitent à la fois à la lucidité et à l’humilité. Elles nous invitent à ne pas nous taire même quand on n’est pas sûr de bien dire et de bien croire. Elles nous invitent à essayer, même si on n’est pas sûr de bien faire ou de faire bien. Et malgré tout,  à être assuré que l’Esprit agit à travers nos failles, nos faiblesses et nos erreurs. Dans l’histoire de Samson, le problème majeur -selon moi- est qu’il se croyait propriétaire de ses capacités, et de ses compétences… du coup il ne les contrôlait pas/plus.

Ceci dit, malgré tout ce que l’Esprit saint donne comme confiance et énergie,  ça reste difficile d’être disciples du Christ, de celui qui révèle Dieu dans la faiblesse des hommes et non dans leurs exploits , de ce Christ qui révèle la grandeur de Dieu dans sa familiarité.

Ca reste difficile, ça expose à la moquerie de ceux qui savent  ou croient savoir: «Ah !  ils sont plein de vin doux ». Encore là la moquerie est légère, elle n’est pas trop vache. Ce qui ne veut pas dire qu’elle n’est pas humiliante. Mais je crois que nous avons aussi à assumer d’être les disciples d’un Christ moqué, qui n’a pas fait l’unanimité. Comme l’avait deviné le vieux Syméon quand Jésus-bébé fut présenté au temple par ses parents et qu’il avait dit sur l’enfant : « il est là -Jésus- comme un signe qui provoquera la contradiction[4] » (Luc 2,34).

Il ne s’agit pas par provocation de chercher la contradiction, mais c’est inévitable sur un chemin avec le Christ des Evangiles. Ca fait partie des embûches ou des obstacles. Je remarque aussi que ceux qui sont touchés ne disent pas « Amen ! » mais « qu’est-ce que cela veut dire ? ». Je trouve que c’est un bon début. Sûrement c’est une question que vous vous êtes posés au cours des années d’école biblique et de catéchisme, eh bien je vous rassure : vous vous la poserez encore. Je ne sais pas si c’est une sainte question mais en tous cas  c’est une question saine. Et de question en question on avance et on ouvre des portes pour rencontrer les autres et des fenêtres pour ne pas asphyxier notre foi. Mais … avec des points d’exclamations on stoppe.[5]

Ceux qui parlent de vin doux s’exclament avec certitude. Ils ont certainement  le rire moqueur de ceux qui savent. Ceux qui savent ou croient savoir,  où est Dieu et où il n’est pas. Mais ceux qui se posent des questions avancent simplement AVEC Dieu.

Amen

 

Epilogue : le feu qui traverse l’obscurité

Si l’événement de Pentecôte c’est sortir de l’entre-soi, ce n’est pas pour le plaisir de sortir ou d’aller faire un tour dehors. C’est seulement pour nous dire ou nous montrer que la Parole de Dieu a des effets et que ça n’enferme pas. Si cette Parole n’agit pas sans nous, c’est rassurant de constater qu’elle ne dépend pas de nous. Ce qui ne veut pas dire que c’est confortable !  Nous sommes le foyer de cette Parole. Et cette Parole est comme un feu parfois qui éclaire, parfois presqu’éteint parfois trop flamboyant. Mais un feu qui ne peut pas s’étouffer. Le prophète Jérémie en sait quelque chose quand il témoigne contre Dieu : « La parole du Seigneur m’expose sans cesse aux outrages et aux railleries. Si je dis : « je ne l’évoquerai plus, je ne parlerai plus en son nom » c’est alors dans mon cœur comme un feu dévorant, enfermé dans mes os ; je me fatigue à le contenir et je n’y parviens pas » (Jér. 20,8-9)

Laissons-nous aujourd’hui embraser si nécessaire. Je me souviens de cette parole qui me fût un jour donnée par un prêtre bien lucide quand je lui avais dit, étonnée de ce qui m’arrivait soudain: « je me sens presque trop riche aujourd’hui, je déborde, ça me fait presque peur. » Il m’avait répondu « prends aujourd’hui. Vis-le pleinement. Ce sera pour les jours de disette qui viendront demain ».

Solange Weiss, prédication du culte de Pentecöte au temple de la rue Maguelone, dimanche 23 mai 2021. 
Crédit photo: Agnès Morin

 

[1] Juges chapitre 13 à 16

[2] In « Passages » d’Alain Arnoux. P.57.  Inspiré par une parole de Rabbi Zousia maître spirituel du judaïsme hassidique, Pologne, XVIIIe siècle.

[3] Penseur protestant du XIX ème siècle (né à Lausanne en 1797- mort à Clarens en 1847)

[4] Un signe n’est pas une évidence qui s’impose, il laisse la liberté du choix (cf. Dt 30,15-16. Le propre d’un signe n’est-il de provoquer cette contradiction ?

[5] Au cours d’une réunion de CP le 8 avril 021 réflexions de deux conseillers autour des « ? » et des « ! » : « Comment notre Eglise est capable de poser des « ? » points d’interrogation et non des « ! » points d’exclamations. Car un « ? » laisse sa place à d’autres.


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