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Ayant rappelé qu’en Christ la cloison de séparation, la haine entre païens et juifs a été renversée et qu’une réconciliation s’est opérée, l’auteur de cette lettre attribuée à Paul continue ainsi,  en s’adressant  à des auditeurs  d’origine païenne : (si du moins) vous avez été informés de la réalisation de la grâce de Dieu, telle qu’elle m’a été donnée en votre faveur.  à savoir que, par révélation, il m’a été fait connaître le mystère, selon ce que j’en ai écrit avant, en bref.

D’après cela, vous pouvez, en me lisant, mesurer quelle intime compréhension, quelle intelligence que j’ai du mystère du Christ.

Ce mystère qui, au cours des générations passées, n’a pas été porté à la connaissance des fils des hommes alors qu’il a été révélé maintenant à ses saints apôtres et prophètes par l’Esprit.  Ce mystère qui est que les païens sont co-héritiers, et co-incorporés, et co-participants de la promesse en Christ Jésus, par le moyen de l’évangile. l’évangile dont je suis devenu ministre, selon le don de la grâce de Dieu qui m’a été donnée selon le déploiement de sa puissance. A moi, le plus infirme et le moindre de tous les saints, il a été donné cette grâce d’annoncer aux païens l’évangile, la richesse insondable du Christ, et de mettre en lumière pour tous la réalisation du mystère caché depuis les siècles en Dieu, celui qui a créé l’univers ; afin que  maintenant soit portée à la connaissance des autorités et des pouvoirs dans les hauts-cieux, par l’intermédiaire de l’église, la sagesse ingénieuse de Dieu, selon le projet éternel qu’il a réalisé en Jésus-Christ, notre Seigneur. C’est en lui, par le moyen de la foi en lui, que nous avons la libre parole et le plein accès en confiance. Je vous demande donc de ne pas perdre courage à cause des détresses que j’endure pour vous, étant donné que ces détresses sont votre gloire…C’est pourquoi je fléchis les genoux devant le Père, de qui toute famille dans les cieux et sur la terre tient son nom, afin qu’il vous donne, selon la richesse de sa gloire, d’être fortifiés en dynamisme par son Esprit, au profit de l’homme intérieur ; de sorte que le Christ habite dans votre cœur par la foi et que vous soyez enracinés et fondés dans l’amour, afin que vous soyez capables de comprendre, avec tous les saints, quelle est la largeur, la longueur, la profondeur et la hauteur, et de connaître l’amour du Christ qui surpasse la connaissance, de sorte que vous soyez remplis jusqu’à toute la plénitude de Dieu.


Ephésiens 3 (traduction LSG)  

 

lob 200621 11. Dans ce passage de la lettre aux Éphésiens que nous venons de réentendre, le moins que l’on puisse dire est que l’écrivain est convaincu de ce qu’il dit.

Est-il à nos oreilles convainquant ? Voilà la question que j’aimerai aborder avec vous ce matin. 

2. Avec enthousiasme, voir même emphase, notre écrivain s’adresse à des personnes d’origine païenne pour leur dire : 

« vous avez été informés de la réalisation de la grâce de Dieu »,  et après écrit cela, l’auteur déroule un raisonnement où il est question d’amour du Christ, vus comme une richesse insondable, mais où il est aussi question de  révélation, de mystère… 

En l’écoutant nous partager ainsi ses convictions, nous pouvons avoir l’impression que pour comprendre ce qu’il dit, il ne nous faudrait pas nous appuyer sur ce que nous avons déjà compris de l’existence, mais plutôt entrer dans une autre manière de penser ; une autre manière de penser difficilement explicables au plus grand nombre, tant il faut pour la comprendre avoir été introduit dans un mystère ou être au bénéfice d’une révélation.

En parlant comme il fait, cet écrivain est-il à nos oreilles convainquant ? Avons-nous envie de nous laisser embarquer ? Avons-nous envie de voyager et de prendre le temps d’explorer son monde et sa vision de la réalité ? 

Pour être honnête avec vous, au prime abord, j’aurai envie de répondre  :  non, tant ce genre de discours me met mal à l’aise !  En effet, comment discuter avec des gens qui justifient leur position, non pas avec des arguments raisonnables, mais au nom d’une mystérieuse révélation  ? Si je me sens mal à l’aise, c’est parce que la manière dont notre écrivain s’exprime me fait trop penser à des réflexions qu’il m’a été données d’entendre encore ces derniers jours. 

Quelle genre de réflexions ? La pandémie éprouvante dont nous espérons voir bientôt la fin, a été un terreau propice à la diffusion de discours sophistiqués et enflammés, qui quand nous les questionnons justifient leur position s’appuyant sur de mystérieuses informations. 

Vous savez de ces mystérieuses informations qui ne sont surtout pas diffusées largement,  parce qu’il est évident, m’a-t-on dit que les médias officiels sont muselés par une oligarchie manipulatrice tirant en coulisse les ficelles ; ou bien parce qu’il est évident que ces informations sont tellement déstabilisantes qu’elles ne peuvent pas être comprises par le commun des mortels.

Ce qui me met mal à l’aise, c’est que, au nom de ces mystérieuses informations, se développe une posture, qui tout en abordant les grands sujets de notre actualité, me parait ne pas se confronter au réel, mais plutôt me paraît se conforter dans ses croyances, ses colères ou ses désillusions.

En se basant sur des émotions diffuses, sur des discours pour initiés, sur des révélations spécifiques, cette posture ne cherche pas la discussion. Elle cherche plutôt à m’introduire dans les arcanes de sa réflexion. Si une contradiction s’élève, au lieu que le débat s’engage, la discussion s’arrête.  

En parlant de mystère et de révélation, notre écrivain de la lettre aux Ephésiens n’est-il pas du même acabit ?

Il parle de manière convaincue. Cependant, faut-il se laisser être embarqué par lui ? La question doit se poser, car nous avons toujours le choix d’embarquer ou de ne pas embarquer. 

Finalement, après avoir pris le temps de méditer les propos de notre écrivain biblique, je me suis forgé 3 raisons qui m’ont convaincu de cheminer avec lui. 

lob 200621 23. La première raison est la suivante : durant toute sa lettre, l’écrivain se présente comme étant en prison, c’est à dire qu’il doit faire face à des circonstances éprouvantes et à un avenir incertain. Or dans ce contexte, il exhorte :  «  Je vous demande donc de ne pas perdre courage à cause des détresses que j’endure ». 

Les convictions qu’il partage n’ont pas pour but d’alimenter une peur ou un repli. Au contraire, les convictions qu’il partage sont celles qui l’aident à ne pas perdre courage face au réel, ce sont celles qui l’aident à endurer le réel. 

Ainsi si j’accepte d’embarquer, c’est parce que cet écrivain ne me demande pas de lui faire aveuglément confiance ; il est simplement en train de partager avec ses interlocuteurs les convictions qui lui donnent, toujours et encore, le courage de s’intéresser à l’actualité, même si les nouvelles ne sont pas bonnes. 

Et non seulement de partager les convictions qui lui donne le courage de s’intéresser à cette actualité, mais aussi les convictions qui le motivent à s’engager dans la pâte de cette actualité; des convictions aussi qui orientent le choix de ses engagements et aussi la manière de s’engager.  

L’enjeu que cet écrivain cherche à aborder en engageant la discussion avec ses interlocuteurs, donc avec nous aussi, est celui de parler de ces  convictions qui nous aident à nous coltiner ce monde-ci tel qu’il est, bien imparfait et traversé de drames et d’ambiguïtés.

Le signe qu’une conviction nous aide à endurer le réel, c’est le fait qu’elle n’adopte pas une posture défensive, quand le réel vient la contester. 

Certes le réel peut la déstabiliser et la troubler, mais cette conviction parce qu’elle cherche à supporter le réel, cette conviction va donc saisir cette déstabilisation comme une occasion de s’affiner, de s’élargir, bref d’évoluer jusqu’au moment où elle aura trouvé sa juste forme. 

Quand l’écrivain parle de la hauteur, la longueur, la largeur, la profondeur de l’amour du Christ, nous pourrions entendre dans cette métaphore l’histoire d’un amour qui, au lieu de se recroqueviller et de se défendre lorsqu’il a été confronté aux vicissitudes de l’existence, un amour qui s’est laissé être travaillé par ces vicissitudes, au point de devenir un amour capable, comme les arbres, d’accueillir toutes les saisons et les intempéries, sans perdre son point d’ancrage. 

Voilà de quoi, il a envie de parler avec nous : au lieu d’alimenter une posture défensive, au lieu d’alimenter un regard  méfiant et désabusé sur la réalité, cet écrivain nous invite à réfléchir à ce qui nous aide à affronter les complications de l’existence. 

En parlant de cet amour capable d’évoluer sans perdre son point d’ancrage, il nous questionne : et toi, où sont tes points d’ancrage ? Est-ce que ces points d’ancrage se sont élargis et approfondis au contact des vicissitudes de l’existence ? Quelles sont  les  convictions qui te poussent à ne pas te protéger du réel, mais qui t’aide à le regarder les yeux dans les yeux en restant curieux et debout ? 

Voilà la première raison qui me fait penser qu’il est bon de passer du temps auprès de lui. 

4. Venons-en à présent à la deuxième raison. Au chapitre 3, verset 1, l’écrivain souhaite parler avec ses interlocuteurs de  « de la réalisation de la grâce de Dieu ».

En grec, le mot utilisé pour dire « réalisation » est le mot EKONOMIA, qui a donné notre mot ‘économie’. 

En entendant cela, nous pourrions imaginer que la discussion va planer et brasser des concepts généraux et abstraits. Mais au lieu de cela, l’écrivain invite à méditer sur ce qu’une existence concrète, celle de Jésus de Nazareth, a réalisé et enclenché. 

Dans la société de l’époque, une différence forte existait entre juif et païens. Une différence qui au fil du temps était devenue une hostilité. L’écrivain parle même de haine. 

Cependant, ce que le Christ a réalisé tout au long de sa vie, c’est de faire  bouger ces lignes. Ce que le Christ a permis d’entrevoir, c’est que l’humanité n’est pas scindée en deux, d’un côté les juifs, de l’autre les païens, d’un côté « eux », de l’autre « nous », mais qu’à l’humanité dans son ensemble, sans aucune distinction de race, de culture, de genre, est adressée une même promesse de salut. 

Certes la venue du Christ n’a pas résolu le problème en aplanissant comme par enchantement toutes les tensions. Mais ce qui s’est passé-là a été le révélateur d’un dépassement possible. La venue du Christ a permis d’entrevoir le dénouement possible d’une relation longuement conflictuelle.  La venue du Christ a mis concrètement en lumière qu’au sein du quotidien une économie de la grâce est en cours de réalisation. 

Bien sûr qu’il y a encore des complications, des tensions, des erreurs, des blessures, des ténèbres, mais ce qui permet de supporter tout cela, c’est de prendre également conscience qu’au sein même de ces complications, un autre processus est en cours…

Quand l’écrivain parle de richesse insondable de l’amour du Christ, je pense qu’il parle de cet autre processus, de cette économie de la grâce, de  ces ressources insoupçonnées dont fait preuve la grâce de Dieu pour arriver finalement à dénouer les relations les plus conflictuelles, non pas de manière abstraite et théorique, mais concrète et pratique. 

Cette économie de la grâce n’est pas un processus fictif, d’imaginaire. Il s’est incarné dans toute la vie d’un homme : Jésus de Nazareth. Ce qui s’est réalisé là, au fil de cette existence, a permis de faire bouger des postures qui paraissaient complètement verrouillées. 

Pour attirer l’attention de ses interlocuteurs sur ce que le Christ a réalisé, notre écrivain n’est pas en train de raconter ses exploits surnaturels. A aucun moment comme ne le font par exemple les évangiles, il ne parle de Jésus marchant sur l’eau ou transformant l’eau en vin. Au contraire, ce qui donne de la crédibilité à ce Jésus de Nazareth, c’est le simple fait que les juifs et les païens découvrent une manière apaisée d’être en relation les uns avec les autres. 

C’est cet apaisement qui rend le témoignage de Jésus crédible. Certes cet apaisement n’est pas totalement partagé. Il n’est pas encore une réalité pleine et accomplie. Mais qu’à cela ne tienne, il a eu lieu. Et parce qu’il a eu lieu, il est aujourd’hui encore possible. 

Ainsi en parlant de cette économie de la grâce, l’écrivain ne nous demande pas de brasser des concepts généraux et abstraits.  Au contraire, il nous invite à en revenir à la vie d’une personne unique et particulière. Il nous invite à  méditer sur ce que cette vie a permis concrètement de réaliser. 

Et ensuite de laisser le parfum que nous aurons humé durant cette méditation inspirer nos actes, nos paroles et nos pensées, afin qu’à notre tour, nous participions à l’économie de la grâce. 

lob 200621 35. Venons-en à présent à notre troisième raison. Celle qui, dans le fond, nous rendrait le plus récalcitrant.

L’écrivain affirme que c’est par révélation qu’il en est arrivé à cette conviction que la grâce de Dieu est un vaste processus en cours de réalisation.  

Ce qui nous rend récalcitrant ici, c’est le mot «  révélation », tant il semble nous aspirer dans un monde parallèle à la raison.  Dire qu’une conviction nous est venue par révélation, est-ce que cela voudrait dire que nous n’aurions plus besoin de chercher à l’expliquer par des arguments raisonnables, puisque de toute façon cette conviction est une évidence en soi, qui ne peut pas être contestée par des arguments raisonnables ? 

Ainsi affirmer qu’une conviction nous est venue par révélation, nous ferait retomber dans ces postures de repli dont je vous disais tout à l’heure qu’elles me mettaient mal à l’aise. C’est vrai que le mot de révélation peut déranger, si nous le chargeons de phénomènes surnaturels. Cependant, je crois que c’est une erreur de circonscrire la signification de ce mot à cela. 

Dans notre quotidien, ne nous arrive-t-il pas de dire : « il s’est révélé quelque chose », sans que nous lions cette expression à un contenu surnaturel ? 

Quand nous parlons ainsi, nous parlons plutôt d’une expérience finalement assez commune. Celle où, grâce à une rencontre, une information ou un événement, il nous est donné de mieux percevoir la profondeur d’un caractère, les contours d’une personnalité ou les enjeux fondamentaux d’une situation. 

Vivre une révélation, c’est vivre une expérience qui fait bouger quelque chose en nous, et grâce à ce mouvement, notre regard s’affine, notre perception s’élargit. Archimède dans sa baignoire, Newton sous son arbre n’ont-ils pas vécu de telles expériences ? N’ont-ils pas vécu des révélations ? 

Quand notre écrivain affirme que c’est par révélation que l’économie de la grâce de Dieu est devenue intime pour lui, je crois qu’il pointe la chose suivante : 

Sa conviction ne lui est pas venue par un bagage théorique, par un savoir qu’il aurait emmagasiné. Sa conviction est le fruit d’une multitude d’interaction, de lectures, de réflexions, de rencontres, de discussions, d’expériences. En vivant toutes ces interactions, en se frottant pleinement au réel, il a été bousculé, dérangé, troublé. 

Bien des choses ont bougé en lui jusqu’à ce que cette conviction trouve cette forme. Et si cela se révèle être nécessaire, bien des choses bougeront encore afin que cette conviction reste une quille stable permettant à son bateau de naviguer pleinement sur l’océan de la réalité.

6. L’écrivain biblique parle de manière convaincue. 

Est-il convainquant ?

Oui, je le trouve convainquant quand, au lieu de nous faire basculer dans un monde parallèle, il nous invite à une vraie rencontre. 

Vous savez ce genre de rencontre qui nous fait bouger intérieurement ! 

Une rencontre où, délaissant les postures défensives, nous nous racontons mutuellement les convictions qui nous aident à aborder le réel dans toute son étrange complexité. Une rencontre où nous méditons les réalisations concrètes d’une vie unique : celle de Jésus de Nazareth. Une rencontre qui permet à la quille de notre bateau de trouver sa forme, afin que nous puissions pleinement naviguer  sur l’océan de la réalité. 

Si croire à la réalisation de la grâce de Dieu, c’est croire que de telles rencontres sont possibles.  Alors, oui, je crois !   

Amen

Luc-Olivier Bosset, le 20 juin 2021 au temple de la Rue Maguelone. 
Crédit images: AvdL, mai/juin 2021, Jacou

 


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