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L'amour du Christ nous presse, nous qui avons discerné ceci : un seul est mort pour tous, donc tous sont morts ; et s'il est mort pour tous, c'est afin que les vivants ne vivent plus pour eux-mêmes, mais pour celui qui est mort et s'est réveillé pour eux. (…)  Ainsi si quelqu'un est dans le Christ, c'est une création nouvelle. Ce qui est ancien est passé : il y a là du nouveau. Oui, Et tout vient de Dieu, qui nous a réconciliés avec lui par le Christ, et qui nous a donné le ministère de la réconciliation. Car Dieu était dans le Christ, réconciliant le monde avec lui-même, sans tenir compte aux humains de leurs fautes, et mettant en nous la parole de la réconciliation. Nous sommes donc ambassadeurs pour le Christ ; c'est Dieu qui encourage par notre entremise ; au nom du Christ, nous supplions : Laissez-vous réconcilier avec Dieu ! 

Voir la prédication ici.
 

2 Corinthiens 5, 14-20 (traduction LSG) 

lob 121221 11. « Laissez-vous réconcilier avec Dieu ! » 

L’apôtre Paul adresse cet appel à des personnes qui vivent dans la ville de Corinthe. A l’époque, dans cette ville, la plupart des gens étaient des romains et des grecs qui régulièrement allaient dans un des temples d’une divinité pour y faire faire un sacrifice. 

 En effet, la culture ambiante de l’époque poussait les gens à pratiquer leur foi en accomplissant régulièrement des sacrifices. 

Si l’on voulait qu’une affaire fonctionne bien, on allait au temple faire un sacrifice pour s’attirer la bienveillance des dieux sur notre affaire. Si on voulait qu’un proche guérisse, on allait au temple pour accomplir un sacrifice et ainsi attirer l’attention des dieux sur la situation de notre ami. 

Oui, il fallait faire ces sacrifices, car si l’on n'accomplissait pas ses devoirs, alors on courrait le risque que les dieux se sentent contrariés qu’on les ait oublié. La croyance était répandue que les dieux, parce qu’ils étaient contrariés allaient s’arranger pour que notre affaire ne se développe pas, pour que notre ami ne guérisse pas.  

Dans cette culture ambiante, si quelque chose allait mal dans l’existence de quelqu’un, c’était interprété comme le signe que les dieux étaient en colère contre lui. Du coup, il lui fallait aller au temple accomplir des sacrifices afin d’apaiser cette colère. 

2. Or l’apôtre Paul, quand il invite ses amis à se réconcilier avec Dieu, il les invite à voir les choses d’une autre façon. Il les invite à tisser une relation avec Dieu, non pas sous le mode de la crainte et dans le but d’apaiser son courroux, mais sous le mode de la confiance. 

Il n’y a pas besoin d’apaiser Dieu, parce que Dieu n’est pas en colère contre nous. Dieu n’est pas susceptible, capricieux. Il ne se vexe pas si nous l’oublions. Il n’est pas une divinité qui prendrait un malin plaisir à nous faire baver et souffrir si nous le négligeons. 

Non, quoi qu’il puisse arriver, Dieu est celui qui se réjouit que nous existions. Il est Celui qui nous a appelé à la vie parce qu’Il désire entrer relation avec nous. Pas une relation forcée, contrainte. Mais une relation libre et personnelle. 

Il n’ y a pas besoin d’apaiser Dieu, car il n’est pas une autorité versatile. Il ne s’emporte pas de manière arbitraire. Quoi que l’on fasse, Dieu reste fidèle à lui-même. Quoi qu’il puisse arriver, Dieu reste fidèle à lui-même, c’est à dire qu’il est Celui qui donne la vie. 

En méditant sur la vie de Jésus de Nazareth, l’apôtre Paul en est venu à être habité par cette conviction : Dieu n’est pas quelqu’un dont nous devrions avoir peur. Mais plutôt c’est quelqu’un en qui nous pouvons avoir confiance. Car quoi que les humains fassent et déchainent comme violence, même lorsqu’ils crucifient un innocent, Dieu reste fidèle à lui-même : il donne la vie. 

Il ne se laisse pas prendre aux petits jeux mesquins et fourbes. Il n’alimente pas des chantages relationnels. Il n’exige pas des sacrifices pour apaiser son courroux. Il reste fidèle à lui-même. Il donne la vie.  

Que l’humain soit prêt ou non à accepter cette vie, cela est une autre histoire. Cependant, du côté de Dieu, les choses sont claires : à aucun moment il ne déviera de cette attitude. Il donne la vie. 

Ainsi quand Paul invite les gens de Corinthe à se laisser être réconcilier avec Dieu, il les invite à entrer dans cette nouvelle manière d’être en relation avec Dieu. Il les invite à délaisser les pratiques qui entretiennent la peur et l’impression que Dieu est en colère, pour exercer de nouvelles pratiques qui alimentent la confiance. 

lob 121221 23. D’ailleurs que l’apôtre Paul parle de réconciliation avec des gens habitant Corinthe, cela n’est peut-être pas un hasard. Car à l’époque, cela faisait quelques dizaines d’année que la ville de Corinthe avait été reconstruite. En effet, plus de deux cents ans avant que Paul ne prenne la plume, la ville de Corinthe avait été une ville grecque. Une ville grecque qui avait lutté contre Rome. Une grande bataille avait eu lieu (en -146 av JC). Corinthe avait été complètement rasée par le consul romain Mummius. 

Or au moment où Paul écrit, cela faisait juste plusieurs dizaines d’années que la ville de Corinthe avait été reconstruite.  Par un acte solennel, l’empereur de Rome, Jules César ( en 44 av JC), avait publié un décret pour que cette ville soit refondée. Par ce décret, César déclarait que l’hostilité ancienne était dépassée. Et que le temps était venu de se réconcilier. Par ce décret, César autorisait les gens de tout bord à revenir habiter dans cette ville. Lui aussi d’une certaine façon, les invitait à une réconciliation.  

 Ainsi quand Paul écrit, dans le passage que nous avons entendu, que les choses anciennes sont passées, qu’une page est tournée et que quelque chose de nouveau commence, imaginez-vous un seul instant quel écho de tels propos pouvaient susciter auprès de personnes qui avaient quitté leur famille, leur pays d’enfance pour venir s’installer à Corinthe la nouvelle ville réconciliée… 

4. Il y a tout cela qui joue en arrière-fond quand Paul écrit : « laissez-vous réconcilier avec Dieu. » 

En Jésus de Nazareth se révèle un nouveau visage de Dieu. Jésus nous introduit dans une nouvelle manière d’être relié à Dieu. Une relation qui n’est plus basée sur la peur, mais sur la confiance. 

Alors saisissez cette occasion pour repartir sur de nouvelles bases.  Comme les nouveaux habitants de Corinthe avaient quitté leur pays pour venir s’installer dans cette ville réconciliée, de même entrez dans cette nouvelle manière d’être relié avec Dieu.  

5. Au vu de la situation que je viens de vous décrire, nous pouvons imaginer que cet appel de l’apôtre a suscité de l’écho des habitants de Corinthe du premier siècle de notre ère. 

Cependant, en quoi cette parole nous concerne-t-elle aujourd’hui, nous qui n’habitons pas dans une ville qui grâce à un décret des plus hautes autorités seraient réconciliées, nous qui ne vivons plus à une époque où les rues de nos villes sont truffées de temple où il nous faudrait aller faire des sacrifices pour apaiser la colère des dieux. 

« Laissez-vous réconcilier avec Dieu ! »

En quoi cette parole nous est-elle encore adressée ? 

lob 121221 36. Je crois que cette parole nous est encore adressée, lorsque nous n’arrivons pas à accepter pour ce qu’elle est l’histoire de notre vie. 

En regardant notre existence, il se peut que nous soyons aujourd’hui en colère. 

Il se peut que nous nous révoltions contre le fait d’être né là où nous sommes nés. Nous sommes arrivés sur terre à un moment d’une histoire qui peut-être nous a empêché de réaliser nos rêves. Si nous étions nés à un autre moment de l’histoire, dans un autre pays, dans une autre classe sociale, dans une autre famille, nous aurions peut-être pu mieux réaliser ce que nous désirions tant réaliser. 

En regardant aujourd’hui notre existence, il se peut que nous soyons révoltés à cause de l’éducation que nous avons reçues, à cause des épreuves qu’il nous a fallu endurer, à cause des blessures profondes qui nous ont été imposées, car tout cela mis bout à bout nous a bloqués dans notre épanouissement. 

Oui, aujourd’hui il se peut que nous soyons dans une attitude de révolte contre ce que nous pourrions appeler le destin. Nous pouvons autour de nous rencontrer nombre de personnes qui  restent figées dans une attitude d’accusation et de révolte contre leur destin. 

Jusqu’à la fin de leurs jours, ces personnes reprochent à leurs parents de ne pas leur avoir donné l’amour dont elles auraient eu besoin. Elles accusent la société de ne pas leur avoir accordé les chances qu’elles en attendaient. Voir en sus de toutes ces accusations, elles se révoltent contre Dieu, n’est-ce pas lui qui à l’origine les a mis dans une telle galère ? 

Dans la Corinthe de l’époque, les gens cherchaient par tous les moyens d’apaiser le courroux des dieux ; aujourd’hui nous sommes plutôt à la recherche de moyens pouvant nous aider à calmer notre propre courroux, lorsque nous nous sentons révoltés contre notre destin. 

Qu’est-ce qui pourra apaiser notre courroux ? 

7. Dans ce contexte-là, l’appel «laissez-vous réconcilier avec Dieu » rejoint cette quête.   

Cependant commençons par rappeler que cet appel n’est pas un ordre : il faut vous réconcilier avec votre histoire.  Sous-entendu (k): arrêtez de vociférer, arrêtez de vous sentir des victimes, arrêtez de jouer les caliméros  et apprenez à vous taire ! 

Non cet appel n’est pas une invitation taire les raisons qui nous poussent à être en colère. C’est une invitation à apprendre à les regarder sous un autre angle. 

En substance, cet appel nous dit : il y a des raisons de se révolter. Il y a des raisons d’être en colère. Cependant, il y a aussi autour de vous des ressources pour que cette révolte et cette colère ne vous détruisent pas à petit feu, mais qu’elles deviennent un élan mobilisateur et fécond. 

Vous êtes en colère contre votre destinée. Mais dans cette destinée qui est loin d’être parfaite et idéale, n’y a-t-il pas aussi quelque chose qui est de l’ordre de Dieu ?  

Quand je parle ici de Dieu, je ne parle pas des divinités dont il faudrait apaiser le courroux. Je parle du visage de Dieu tel qu’il nous a été révélé en Jésus-Christ :  un Dieu qui donne la vie. 

Du coup, à la lumière de cette vision de Dieu, je me pose la question suivante : Dans ma destinée qui n’est pas parfaite, à quel moment ai-je reçu de la vie ?  A quel moment ai-je croisé sur mon chemin un visage bienveillant qui m’a donné de la vie ? à quel moment ai-je bénéficié d’une écoute attentive  qui m’a permis d’être entendu dans ma colère ? 

N’est-ce pas tous ces moments qui mis bout à bout me permettent de repartir sur de nouvelles bases ? N’est-ce pas grâce à tous ces moments que peu à peu le feu de ma colère a cessé de me dévorer pour se transformer en un élan de vie ?  

8. Dans quelques semaines, nous allons fêter Noël.

Symboliquement, nous allons fêter la naissance de Jésus.  Pourquoi accordons-nous tant d’importance à Jésus ? Pourquoi avoir symboliquement arrêté une date de notre calendrier pour que nous célébrions sa naissance ? 

Parce que grâce à lui, nous apprenons peu à peu nous nous laissons être réconcilié avec notre histoire. C’est à dire en apprenant à regarder la vie comme il l’a regardait, nous apprenons (p) à trouver les ressources autour de nous pour vivre de manière réconciliée avec notre histoire, pour vivre de manière réconciliée avec Dieu et aussi les uns avec les autres. 

Amen 

Luc-Olivier Bosset, le 12 décembre 2021 (La Margelle à Montpellier)
Crédit images: AvdL (décembre 2021, Teyran, Montpellier, WA)


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