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« Regarde ! Je mets aujourd'hui devant toi la vie et le bien, ou la mort et le mal. En effet, je te prescris aujourd'hui d'aimer l'Eternel, ton Dieu, de marcher dans ses voies et de respecter ses commandements, ses prescriptions et ses règles afin de vivre et de te multiplier, afin que l'Eternel, ton Dieu, te bénisse dans le pays dont tu vas entrer en possession. Mais si ton coeur se détourne de lui, si tu ne lui obéis pas et si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d'autres dieux et à les servir, je vous déclare aujourd'hui que vous périrez. Vous ne vivrez pas longtemps sur le territoire dont vous allez prendre possession une fois le Jourdain passé. J'en prends aujourd'hui à témoin contre vous le ciel et la terre : j'ai mis devant toi la vie et la mort, la bénédiction et la malédiction. Choisis la vie afin de vivre, toi et ta descendance, en aimant l'Eternel, ton Dieu, en lui obéissant et en t'attachant à lui. Oui, c'est de lui que dépendent ta vie et sa durée, et c'est ainsi que tu pourras rester dans le pays que l'Eternel a juré de donner à tes ancêtres Abraham, Isaac et Jacob. »

Deutéronome 30, 15-20 (extrait du Segond 21)

Chers frères et sœurs, ce passage du Deutéronome pourrait être résumé en une seule phrase : « tu aimeras ton prochain comme toi-même ». Ou, pour le dire dans l’autre sens, nous avons ici un commentaire du sommaire de la loi.

1. Accueillir la bénédiction

bene maleLa première manière de comprendre ce texte consiste à dire que nous devons accueillir les bénédictions qui nous sont faites. Dieu place face à nous la bénédiction et la malédiction : autant prendre la bénédiction. Cette manière de comprendre le texte correspond à la partie du sommaire de la loi où il s’agit de s’aimer.

Bien souvent, quand nous nous demandons comment s’aimer, nous n’allons pas beaucoup plus loin que le fait de prendre soin de soi sur le plan de la santé, en mangeant et en buvant convenablement. Quelques audacieux vont jusqu’à dire qu’il ne faut pas réprimer son désir, qu’il ne faut pas s’effacer constamment devant les autres, en tout cas qu’il ne faut pas se sacrifier, puisque nous avons droit, nous aussi, à une part de bonheur.

Avec ce passage du Deutéronome, nous pouvons avoir une compréhension plus approfondie de cet amour de soi, qui consiste à faire bon accueil à la bénédiction, ce qui est bien plus que de rester jusqu’à la fin du culte. En prenant la bénédiction plutôt que la malédiction, nous nous décidons de nous nourrir de ce qui souligne le bien, plutôt que de nous nourrir de ce qui souligne le mal. Cette situation nous la connaissons bien quand nous choisissons un quotidien, une station de radio. Les lignes éditoriales privilégient les informations concernant des faits ou des initiatives qui encouragent la vie, la justice, l’éducation, ou alors c’est, au contraire, le morbide et les peurs qui focalisent toute l’attention. Se nourrir de médias qui vivent du commerce de la mort, de la terreur, c’est la meilleure manière de s’intoxiquer, de s’empoisonner. Cela favorise la fascination du morbide et cela nous plonge dans une ambiance mortifère qui se répercute profondément en nous.

Choisir de se nourrir de ce qui distille le mal, ce qu’est la malédiction, c’est se rendre malade de désespoir. C’est ainsi que nous pouvons comprendre la menace qui pèse sur le peuple s’il venait à ne plus suivre l’Eternel. « Mais si ton cœur se détourne, si tu n'obéis point, et si tu te laisses entraîner à te prosterner devant d'autres dieux et à les servir, je vous déclare aujourd'hui que vous périrez, que vous ne prolongerez point vos jours dans le pays dont vous allez entrer en possession, après avoir passé le Jourdain (vv. 17-18) » n’est pas à comprendre comme la vengeance que l’Eternel va exercer sur les hébreux si ce ne sont pas de bons petits croyants soumis à une divinité qui a tout pouvoir sur ses sujets. La logique de la rétribution n’est pas la logique de l’Eternel. Ces versets indiquent ce qui se passerait si nous décidions de ne pas nous mettre à l’écoute de paroles qui soulignent le bien, qui mettent en évidence les dynamiques de vie, qui nous aident à prendre soin des vivants : en faisant nôtres des discours haineux, en faisant nôtres des apologies de l’exclusion, en adoptant des postures qui accusent, c’est-à-dire en utilisant un patrimoine de sens contraire à celui que nous trouvons dans la Bible, nous entrerons dans une désolation qui nous rongera de l’intérieur. Pour le dire autrement, si nous ne saisissons pas ces paroles de grâces qui ponctuent les textes bibliques, ces paroles qui rappellent qu’il est juste et bon que tu sois là, qui attestent que tu es doté de talents que tu peux faire valoir, que tu es un être capable de certains accomplissement, que tu n’es pas condamné à subir toute ta vie telle ou telle erreur du passé, des paroles qui affirment que tu es autorisé à être heureux, qui révèlent que tu es un être responsable et tant d’autres paroles, si nous ne saisissons pas ces paroles, alors notre confiance en nous sera réduite, notre espérance se réduira à peu de choses. De même, si nous n’entendons pas que la fraternité ne se réduit pas aux liens du sang, ni à ceux d’une nation ou d’une religion, mais que la fraternité a un caractère universel, alors notre horizon se réduira considérablement et, au lieu de voir un frère ou une sœur s’approcher de nous, c’est une menace potentielle que nous verrons. Bref, s’interdire des paroles qui ouvrent notre horizon, c’est avoir une vie qui se recroqueville au point de ne plus être vivable. Nous nous infligeons, dans ce cas, notre propre condamnation.

Nous avons donc franchement intérêt à nous aimer, ce qui revient à profiter des paroles qui disent bien ce qu’est la vie en plénitude et à laisser de côté les paroles qui disent mal ce qu’est la vie.

2. Être source de bénédiction

choisis-la-vieMais cette lecture ne suffit pas. Choisir la bénédiction n’est pas seulement prendre pour soi les bonnes paroles qui nous aident à devenir un peu plus humains. Choisir la vie, choisir la bénédiction, c’est aussi choisir cela dans nos relations. Non pas seulement s’aimer soi, mais aussi aimer notre prochain en étant source de bénédiction au lieu d’être source de malédiction.

Il est facile de repérer la paille dans l’œil du voisin qui n’a jamais un mot gentil, une phrase de reconnaissance. Il est plus difficile de se rendre compte que nous en sommes bien capables aussi. Dieu place devant nous la bénédiction et la malédiction. Que choisissons-nous comme mode relationnel avec nos amis, avec nos relations de travail, sur la place publique ?

Un mot est devenu à la mode depuis quelques années : le « bashing ». En français, il s’agit du dénigrement. Les français ont la réputation d’être experts dans l’art de l’autodénigrement, comme s’ils étaient tombés dans une sorte de d’autodépréciation. Cela n’est pas très compliqué à comprendre au regard des commentaires dont nous sommes abreuvés sur les réseaux sociaux ou dans bien des commentaires de responsables politiques qui font du dénigrement leur fonds de commerce. Avec le vocabulaire religieux à notre disposition, nous pourrions dire que la malédiction publique est largement employée. En passant le plus clair de leur temps dénigrer, à maudire, à souligner exclusivement ce qui ne va pas, bien des responsables politiques décrédibilisent l’ensemble de la classe politique en entrant dans le cercle vicieux de celui qui aura la malédiction la plus assassine, celle qui fait le buzz, pour employer un autre mot du jargon de la communication, c’est-à-dire la malédiction qui aura le plus grand écho médiatique.

Nous constatons que se nourrir du morbide, du sordide est rentable à court terme pour faire de l’audience, pour se faire remarquer, pour exister. Mais cette logique est mortelle. Quand la malédiction devient un art de vivre, elle devient alors le baiser de la mort. Seule la bénédiction peut rompre ce cercle vicieux car la bénédiction réinjecte de la vie, elle dit de nouvelles possibilités d’existence, de nouvelles capacités, de nouveaux défis à relever, elle propose de nouveaux regards sur le monde, sur les personnes, sur les situations. De plus, la bénédiction permet de sortir de la logique de la vengeance, du « un prêté pour un rendu » qui ne peut que nous plonger dans les abîmes de la barbarie puisque cela revient à être cruel avec les cruels, terroriste avec les terroristes.

Evidemment, nous pouvons nous demander si bénir n’est pas trop faible par rapport aux enjeux actuels, par rapport à la menace terroriste, par exemple. Si nous pensons aux phénomènes de radicalisation qui sont sous-jacents au terrorisme, à la violence, à la peur, la bénédiction est précisément en mesure de neutraliser des processus de radicalisation ou, plus exactement de les éviter. Cela implique de ne pas considérer la bénédiction comme une gentille phrase matinée d’un vernis religieux, c’est-à-dire prononcée avec du vocabulaire tout droit sorti de la faculté de théologie. Bénir est une parole qui dit bien la vérité d’une personne au lieu de biaiser son portrait, au lieu de ne retenir qu’un trait et d’en faire une caricature qui la réduira, de préférence, à une faute, à un manquement, à un défaut. Bénir, c’est dire pour de bon ce qu’une personne est appelée à vivre, c’est la reconnaître pour ce qu’elle est profondément, c’est mettre à jour la profondeur de son être, c’est lui indiquer la possibilité qu’elle a d’un face à face avec l’Eternel, autre manière de dire la possibilité d’une vie portée à son incandescence.

Bénir permet de restaurer l’image de ceux qui ont été indignés, de ceux qui ont été exclus. Bénir permet de rendre une face à ceux qui n’en ont plus. Bénir permet de restaurer l’image de soi. Bénir, c’est dire qu’un avenir est encore possible, c’est donc laisser entendre qu’il y a, pour celui à qui je m’adresse, au moins encore un chemin qui mène vers un idéal. Dire cela à des jeunes qui ont soif d’en découdre, qui sont plein d’une énergie dont ils ne savent pas que faire, peut changer la donne. Car, à l’heure actuelle, il y a une course qui a commencé. C’est la course de celui qui offrira un idéal à ceux qui n’en ont pas. Donner une perspective, faire entendre qu’il y a à vivre au-delà de ce qui semble être des impasses de l’histoire.

Bénir est notre vocation, c’est aussi notre responsabilité en 2016 tout particulièrement. Bénir ceux qui ont été maudis à la maison, ceux qui ont été maudis dans les salles de classes, ceux qui ont été maudis dans les cages d’escalier, ceux qui ont été tellement maudis qu’ils sont humiliés et n’ont plus d’existence propre ou, au contraire, ont une rage, sourde, qu’ils ne savent pas gérer parce qu’ils n’ont pas reçu les moyens de faire quelque chose de positif de leur ardeur. Comment les auraient-ils reçus, ces moyens, s’ils n’ont jamais reçu la moindre bénédiction, la moindre parole qui donne un peu le sens de la vie et de ce qui fait vivre ?

80685369 beneAimer son prochain, c’est choisir la vie et choisir la bénédiction. C’est, par exemple, lui offrir des paroles qui soulignent une compétence, un talent, une réussite. C’est offrir des paroles qui proposent des idées, des projets, des relations. C’est offrir des paroles qui racontent la vie, qui parlent des trains qui arrivent à l’heure, qui donnent à penser, qui donnent à rêver, qui donnent à se réjouir. C’est offrir des paroles qui élargissent l’espace de la tente, qui donnent du souffle, de l’ambition, qui éveille le désir.

Bénir, c’est enrayer la mécanique de la dépréciation. Bénir c’est engager celui à qui on s’adresse dans une dynamique de résurrection ou, en tout cas, de confiance en soi, ce qui est indispensable pour se lancer dans la vie et pour ne pas vivre en sous-régime. Cette éthique de la bénédiction à laquelle nous sommes appelés par ce texte est un excellent viatique contre la désolation ; c’est un antidote contre bien des formes de sinistrose. Cette éthique de la bénédiction est le meilleur moyen pour nous rendre toutes et tous beaucoup plus humains.

Amen

(James Woody, 9 juillet 2016, Temple de la Rue Maguelone à Montpellier)


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