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Les 8, 9 et 10 décembre 2017, Martin Luther était à Jacou. De retour à Wittenberg, voici la lettre qu'il vient de nous envoyer, racontant son voyage.

luthergarrigues2017Mes chers amis, invité par Luc, Christine et leurs amis, je viens de passer quelques jours exceptionnels à Jacou. J'étais évidemment logé au centre œcuménique, beau bâtiment, avec deux églises sous un même clocher, un patio pour se rencontrer, un baptistaire partagé et des cloches triomphantes. Des repas étaient prévus, des panneaux étaient préparés pour expliquer toute cette histoire, et plein de festivités étaient organisées sur ces trois jours. Depuis plusieurs années, j'avais eu vent de ces préparatifs des chrétiens pour commémorer l'affichage de mes thèses à Wittenberg en 1517, un événement qui en son temps avait créé contre-verses et polémiques, shiismes et même des guerres.

Dès le vendredi soir, le ton était donné, par Monseigneur Pierre Marie Carré, mais aussi Jean-Pierre Julian*, président de la région de l'Eglise protestante. Les autorités politiques étaient aussi venues, le Père Luc Jourdan et la pasteure Christine Mielke ont su partager les mots illustrant les enjeux des églises chrétiennes aujourd'hui. Nous étions dans une atmosphère d'œcuménisme vécu. Après ces mots d'accueil, le temps de la musique est venu. Ensemble, nous avons écouté une musique extrêmement moderne pour moi, des Gospels, terme venant de « Godspell », évangile en vieil anglais. J'ai saisi que cette musique avait été inventée par des esclaves, un peu comme un chant de résistance, mais aussi pour exprimer leur foi chrétienne. Ce groupe mené par Pierre Almeras a fait écho aux travaux que j'avais entrepris pour rénover les cantiques 500 ans auparavant. Que du bonheur avant de nous dire « à demain ».

Puis nous nous sommes retrouvés samedi. Dans un premier temps Gilles Vidal nous a expliqué comment les chrétiens, luthériens et catholiques, ont décidé de renouer un dialogue constructif. Avec méthode, ils se sont réunis, ont travaillé, ont prié, se sont écoutés, ils ont aussi chanté je présume. Ils ont défini une trajectoire « du conflit à la communion », et se sont donnés une échéance, être prêts en 2017, exactement 500 ans après l'affichage de mes thèses, le 31 octobre 1517, être prêts pour commémorer cet anniversaire ensemble, réformés et catholiques. Puis ils se sont penchés sur l'histoire pour en partager un point de vue commun, et enfin lancer un appel à la communion. Ils ont fait un formidable travail d'analyse, clarifiant les chantiers encore ouverts : la justification, les ministères, l'eucharistie et le rapport écritures et traditions. A son tour, Michel Fourcade, a pris la parole, et là il m'a éclairé. Partant de la disparition d'un certain Johny, un troubadour du 20ème siècle, il nous a partagé sa conviction que nous étions entrés dans une sorte d'âge post confessionnel. Les organisations jusque-là gardiennes de l'orthodoxie et de l'orthopraxie des fidèles, donc à la fois des textes, du catéchisme d'une part, et du comportement, des sacrements d'autre part, se voient remises en cause par des pratiques spirituelles plus complexes, plus divers. En même temps elles perçoivent un appétit spirituel grandissant de la part de leurs contemporains.

Après diner, nous nous sommes réunis pour regarder le film relatant l'arrestation et le procès de Sophie Scholl, du 18 au 22 juin 1943. Cette jeune fille héroïque représente la résistance allemande au nazisme. Devant le juge, elle invoque sa liberté de conscience, en la plaçant au-dessus du droit en vigueur à cette époque. Après un procès expéditif, elle est condamnée, guillotinée. Son témoignage, est poignant. Elle faisait partie du mouvement des roses blanches. Les membres de ce mouvement, par leur attitude de contestation d'une autorité qui avait perdu ses repères, ont suscité ma sympathie. De fait l'histoire leur a donné raison. Comme quoi !!

Puis dimanche, nous avons partagé la Parole. Là j'ai retrouvé des textes que je connaissais. Entre Isaï 40 et Marc 1, nous avons entendu l'appel à nous préparer au retour du Seigneur. En écoutant les méditations croisées, j'ai pris conscience du chemin parcouru. Sola Scriptura, seule l'écriture sainte nous a animée, elle a guidé notre réflexion. Il m'a semblé que le message était compris, présent et porteur d'avenir. Oui, les églises Chrétiennes de Jacou-Castelnau-Clapiers-Le Crès étaient en marche sur le chemin de l'avent. La perspective de fêter la naissance de notre Seigneur se précisait, ils avaient même cédé à la tentation de toiletter le Notre Père, c'était épatant. Il ne m'en fallait pas plus pour me retirer le cœur plein d'allégresse et de reconnaissance pour l'Esprit Saint qui avait présidé ces 3 jours de commémoration. Que de chemin parcouru depuis 500 ans et que de promesses pour demain !!

Ainsi s'achève le témoignage de Martin Luther, témoignage que nous avons évidemment imaginé. De ce week-end de célébration, il nous reste de belles images, des gestes forts et la conviction que l'œcuménisme peut être vécu comme une chance, une opportunité pour grandir. Il nous appartient de faire fructifier cette chance. A la lumière de faits historiques, il nous a ouvert les portes de l'avenir, et donné tout son sens à un lieu d'église(s) comme le centre œcuménique de Jacou. Un grand merci à tous les organisateurs, des initiateurs visionnaires aux petites mains qui ont fait de week-end un temps de fête, pour rentrer pleinement dans l'avent. Joyeux Noël à tous.

*Retenu dans les embouteillages, Jean-Pierre Julian a fait lire son texte par un conseiller présent

Texte: Franck Lespinasse

 


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