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En passant, Jésus vit un homme aveugle de naissance. Ses disciples lui demandèrent : Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? Jésus répondit : Ce n’est pas que lui ou ses parents aient péché ; c’est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui.  Tant qu’il fait jour, il faut que nous accomplissions les œuvres de celui qui m’a envoyé ; la nuit vient où personne ne peut faire aucune œuvre. Pendant que je suis dans le monde, je suis la lumière du monde. Après avoir dit cela, il cracha par terre et fit de la boue avec sa salive. Puis il appliqua cette boue sur les yeux de l’aveugle et lui dit : Va te laver au bassin de Siloam – ce qui se traduit « Envoyé ». Il y alla et se lava ; quand il revint, il voyait. Ses voisins et ceux qui auparavant l’avaient vu mendiant disaient : N’est-ce pas là celui qui était assis à mendier ? Les uns disaient : C’est lui ! D’autres disaient : Non, il lui ressemble ! Lui-même disait : C’est moi !  Ils lui disaient donc : Comment tes yeux se sont-ils ouverts ? Il répondit : L’homme qu’on appelle Jésus a fait de la boue, il me l’a appliquée sur les yeux et il m’a dit : Va te laver à Siloam. J’y suis donc allé, je me suis lavé et j’ai retrouvé la vue. Ils lui dirent : Où est-il, celui-là ? Il répondit : Je ne sais pas.

Jean 9,1-12 (nouvelle bible Segond)

lob250919 11. En passant, Jésus vit un homme, aveugle de naissance. Ses disciples lui demandèrent : Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ?

Confrontés à des maladies, des handicaps, des dysfonctionnements de la nature, nous sommes comme les disciples. Nous ne pouvons rester indifférents. Eux s’interrogent : Comment se fait-il que cet homme soit né aveugle ? De notre côté, quand nous côtoyons une personne en pleine fleur de l’âge à qui on vient de diagnostiquer un cancer, nous nous indignons : pourquoi cela lui arrive-t-il précisément à elle ? Quelle en est la cause ?

Face aux dysfonctionnements de la nature, nous sommes comme ces disciples. Nous sommes perplexes et nous avons besoin de comprendre. Or, en méditant ce passage évangélique, 5 fois, j’ai été étonné par la manière dont se déroulait ce récit. Je vous livre à présent ces 5 étonnements en espérant qu’ils feront évoluer votre perplexité comme ils ont fait évoluer la mienne.

2. Le premier étonnement concerne la réaction des disciples.

En croisant un homme aveugle de naissance, les disciples, au lieu de s’approcher de cette personne pour prendre de ses nouvelles, les disciples se tournent vers Jésus pour lui partager leur questionnement.

Comme si la réalité de la maladie les mettait dans un tel trouble qu’ils ne peuvent s’adresser directement à l’homme aveugle. Comme si la représentation qu’ils se faisaient de cette maladie, comme si les mots, les concepts, les phrases qui leur venait à l’esprit pour parler de cette maladie, loin de les aider à en parler de manière posée et juste, les plongeaient dans une perplexité abyssale.

Ainsi avant de pouvoir s’approcher de cet homme, les disciples ont besoin de dissiper leur trouble. Ils ont besoin de faire le point en eux-mêmes, de clarifier leur idée sur cette question. Tant qu’ils n’auront pas fait ce travail sur eux-mêmes, ils ne pourront pas aller à la rencontre de cet aveugle de naissance. Car ils ne sauront pas comment se comporter avec lui, ni lui dire quelque chose qui puisse être sensé.

De même pour nous, quand nous sommes saisis de perplexité, rappelons-nous premièrement combien il est précieux d’avoir un vis-à-vis vers qui se tourner et avec qui, sans être en prise directe avec ce qui nous ébranle, nous pouvons faire le point sur ce qui nous trouble et clarifier nos idées.

3. Donc, les disciples commencent par se tourner vers Jésus pour lui partager leur préoccupation : « Rabbi, qui a péché, lui ou ses parents, pour qu’il soit né aveugle ? ».

Leur question montre que les disciples se débattent avec une explication traditionnelle qu’on leur avait apprise durant leur catéchisme et qui dans ce cas de figure leur paraissait totalement insatisfaisante : l’explication de la rétribution, à savoir que toutes nos actions seront un jour ou l’autre rétribuées à leur juste valeur.

Or dans la logique de cette explication, la santé ou la maladie ne peuvent être perçues que comme des récompenses ou des punitions pour les actions commises. Equipés avec une telle logique, il n’était pas possible d’aborder la situation de notre aveugle de naissance sans produire des raisonnements qui laissaient nos disciples dans un trouble profond :

  • soit il fallait penser que cet aveugle paye pour la faute de ses parents, ce qui est fort injuste,
  • soit qu’il a lui-même péché dans le sein de sa mère avant de naître, ce qui est encore plus étrange.

lob250919 2Insatisfaits par toutes ces réponses, les disciples tournent en rond. Leur équipement conceptuel les laissent tétanisés dans un dilemme insoluble.

Mon deuxième étonnement dans ce récit est lié à la formulation de la question des disciples. Nous sentons bien que les disciples sont insatisfaits par les deux pistes explicatives qu’ils proposent dans leur interrogation ( si l’homme est aveugle de naissance, c’est parce que soit lui a péché, soit ses parents).

Cependant, au lieu d’interpeller Jésus en lui demandant d’amorcer une troisième voie, au lieu de formuler une question qui ouvre en disant par exemple « si ce ne sont pas ces deux pistes, quelle serait une autre piste ? », les disciples posent une question fermée. Ils poussent Jésus à choisir entre l’une ou l’autre des deux propositions pas convaincantes qu’ils lui soumettent. Comme s’ils n’attendaient de Jésus que des arguments confirmant l’une ou l’autre de leurs hypothèses, comme s’ils ne s’attendaient pas à une explication totalement différente de ce qu’ils imaginaient jusque là.

Ainsi par leur manière de poser des questions orientées et fermées, nos disciples s’enlisent. On ne peut pas leur reprocher d’avoir réfléchi à la question. Nos disciples ont dû passé du temps, beaucoup de temps, à méditer ce problème. Seulement voilà, parce qu’ils se posent des questions fermées, ils s’enfoncent dans leur trouble.

Ainsi, quand nous sommes perplexes, soyons attentifs - et c’est mon deuxième point - à la formulation de nos questions ! Posons-nous des questions ouvertes !

4. Mon troisième étonnement dans ce récit, c’est la présence d’esprit de Jésus. Ce dernier entend la question des disciples, il l’a prend au sérieux, mais il ne se laisse pas être enfermé par elle.

En quelques mots, Jésus récuse l’alternative posée par les disciples. Il écarte cette manière de poser le problème, car cette manière détourne l’attention de l’essentiel.

S’il avait voulu, Jésus aurait pu saisir l’occasion de faire tout un enseignement sur la question de la rétribution et aborder cette problématique sous un nouvel angle.

Or, ce qui m’étonne, c’est que Jésus n’emprunte pas cette voie. Ce qui confirme le constat que l’on peut faire dans l’ensemble des évangiles que Jésus ne nous est jamais montré comme spéculant sur l’origine de la maladie. Il ne cherche pas à offrir un système intellectuel qui expliquerait, qui justifierait tous les dysfonctionnements.

Non, Jésus en prend acte comme d’une énigme douloureuse. Cependant il ne reste pas les bras croisés. Il n’est pas venu expliquer les dysfonctionnements, il n’est pas venu se plaindre de l’obscurité, il est venu y allumer une lumière.

Un proverbe chinois dit : « Au lieu de maudire l’obscurité, mieux vaut y allumer une lumière ». Eh bien, je crois que Jésus est celui qui incarne authentiquement ce proverbe.

Quand Jésus dit qu’il est la lumière du monde, j’entends ceci : Jésus est celui qui par ses paroles, ses actes, sa vie, tire notre vie de la nuit.

Il y a des façons de nous poser des questions qui font que d’un problème simple, nous en faisons un problème compliqué, et d’un problème compliqué, nous en faisons un problème insoluble.

Cela nous bloque. Cela stérilise nos idées, notre créativité, cela nous empêche d’aborder notre prochain. Nous n’adressons même pas la parole à l’aveugle né que nous rencontrons, tellement nous sommes empêtrés dans une logique qui nous enfonce dans l’obscurité.

Eh bien, dans ces moments-là, Jésus peut se révéler comme étant Celui qui tire notre vie de la nuit. Quand nous nous enlisons dans notre perplexité, rappelons-nous, troisième point, que nous pouvons compter sur la présence d’esprit d’autres que nous-mêmes pour être tirés de la nuit.

lob250919 35. Une quatrième chose qui m’étonne dans ce récit, c’est le fait que Jésus commence par oindre de boue le visage de l’aveugle né. Au lieu de sortir d’un coup l’aveugle de sa cécité, le christ commence par épaissir son aveuglement.

De même avec les disciples, au lieu d’aller dans le sens de leur logique, Jésus commence par épaissir leur trouble en renversant complètement les perspectives. Nos disciples se perdaient parce qu’ils cherchaient Dieu dans la causalité. Or Jésus les invite à penser Dieu en terme de finalité. Vous cherchiez l’agir de Dieu dans la maladie de cet aveugle de naissance. Or l’agir de Dieu se manifeste dans sa guérison. L’oeuvre de Dieu ne consiste pas dans le fait d’infliger de la souffrance, mais de faire passer le monde des ténèbres à la lumière.

 Quand les aveugles de naissance que tu croises te troublent, quand tu rencontres des personnes qui ont un cancer en pleine fleur de l’âge et que cela éveille en toi un questionnement puissant sur le sens de la vie, quatrième point, laisse les perspectives être renversées, laisse ton regard, être orienté vers l’agir de Dieu manifesté en Jésus-Christ, un Dieu qui ne reste pas les bras croisé devant la souffrance, mais qui noue son tablier et s’engage pour soulager, guérir, apaiser. Certes, ce renversement de perspectives épaissira peut-être ton trouble, mais il t’orientera vers la vie.

6. La cinquième et dernière chose qui m’étonne dans ce récit se trouve dans la phrase suivante de Jésus : « Tant qu’il fait jour, il faut que nous accomplissions les œuvres de celui qui m’a envoyé ». Les oeuvres qu’il faut accomplir ici, ce sont justement celles de soulager, guérir, apaiser.

Or Jésus au lieu de dire « tant qu’il fait jour, il ME faut accomplir les oeuvres de Celui qui m’a envoyé », il parle en NOUS. Il appelle ses disciples à se joindre à lui dans l’accomplissement de ces oeuvres de vie. Comme si c’était par cet engagement, comme si c’était grâce à un tel engagement que nous trouverons les réponses à toutes les questions que nous nous posons face aux maladies. L’aveugle a retrouvé la vue, quand après avoir été oint de boue, il a agit en allant se laver dans la piscine de Siloé.

De même, en répondant à l’appel de Jésus et en agissant, en accomplissant avec lui les oeuvres de vie de Celui qui l’a envoyé, notre regard sera nettoyé, notre esprit sera net. Nous aurons alors les idées clairs pour nous adresser à l’aveugle né que nous croisons en voyant en lui, non pas un grave problème théorique à résoudre, mais un visage concret avec qui partager une bonne nouvelle.

Amen

Luc-Olivier Bosset, le 25 août 2019 au temple de la rue Maguelone à Montpellier.
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