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En effet, ce n’est pas sur nous-mêmes que porte notre proclamation : nous proclamons que Jésus-Christ est le Seigneur, et que nous-mêmes sommes vos esclaves à cause de Jésus. Car le Dieu qui a dit : « Du sein des ténèbres brillera la lumière » ce Dieu-là a brillé dans notre cœur, pour que resplendisse la connaissance de la gloire de Dieu sur le visage du Christ. Mais nous portons ce trésor dans des vases de terre, pour que cette puissance supérieure soit celle de Dieu et non la nôtre. Nous sommes pressés de toute manière, mais non pas écrasés ; désemparés, mais non pas désespérés ; persécutés, mais non pas abandonnés ; abattus, mais non pas perdus ; nous portons toujours avec nous, dans notre corps, la mort de Jésus, pour que la vie de Jésus aussi se manifeste dans notre corps. Car nous qui vivons, nous sommes sans cesse livrés à la mort à cause de Jésus, pour que la vie de Jésus aussi se manifeste dans notre chair mortelle. Ainsi, en nous, c’est la mort qui est à l’œuvre, mais en vous, c’est la vie. (…) C’est pourquoi nous ne perdons pas courage. Et même si chez nous l’homme extérieur dépérit, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour. Car un moment de détresse insignifiant produit pour nous, au-delà de toute mesure, un poids éternel de gloire. Aussi nous regardons, non pas à ce qui se voit, mais à ce qui ne se voit pas ; car ce qui se voit est éphémère, mais ce qui ne se voit pas est éternel. 

Carissa macrocarpa2 Cor 4,5-12 et 16-18 (traduction Nouvelle Bible Segond)

Vous pouvez écouter ce culte ici: 

et le voir ici (la prédication suit en dessous de la vidéo):

 

1. Ce passage biblique est traversé par une dynamique particulière :  au lieu que les coups de butoirs assénés par les épreuves cassent la vitalité de notre cher Paul, c’est l’inverse qui se produit. Au point que l’apôtre affirme : 

« même si chez nous l’homme extérieur dépérit, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour. » (2 Cor 4,16)

Mais de quoi parle-t-il quand il fait mention de cet être extérieur qui dépérit et de cet être intérieur qui se renouvelle ? Les épreuves que nous endurons font que nous n’avons pas de peine à saisir le sens profond de la métaphore « l’être extérieur dépérit ». 

Quand nous sommes aux prises avec la maladie, et que nous sentons notre corps s’atrophier, quand nous sommes aux prises avec les complications de la vieillesse et que nos forces diminuent au point que dans une journée nous ne faisons plus que la moitié du quart de ce que nous faisions auparavant,

Quand nous sommes aux prises avec l’épreuve du retrait, c’est à dire que nous sommes obligés de nous retirer de nos responsabilités et engagements qui nous donnaient un rôle et une identité sociale, et que nous sommes saisis par une profonde nostalgie alors que nous nous disons que désormais, nous ne sommes plus qu’un « has been », la métaphore de l’homme extérieur qui dépérit n’a pas besoin d’explications. Elle se comprend d’elle-même. 

Par contre, la métaphore de « l’homme intérieur qui se renouvelle de jour en jour » peut nous laisser perplexe ou nous plonger dans une profonde méditation. 

De quoi parle-t-il lorsqu’il parle ainsi ?  C’est la question que j’aimerai aborder avec vous ce matin. Qu’est-ce que cet être intérieur qui se renouvelle tandis que l’être extérieur dépérit ? 

2. D’entrée de jeu, clarifions les choses pour qu’il n’y ait pas de malentendus ! 

En parlant comme il le fait, Paul prend bien soin de préciser «  chez nous » : « même si chez nous l’homme extérieur dépérit, l’homme intérieur se renouvelle de jour en jour. » 

Il faut donner tout son poids à ce « chez nous », car il permet de rappeler que Paul n’énonce pas ici une loi universelle de la nature. Vous savez une de ces lois qui affirme que lorsqu’une pomme se décroche de l’arbre, elle tombe au sol, à cause de la gravitation. Que nous soyons là ou pas, rien n’y change : la pomme tombe. 

Au contraire, dans cette phrase, Paul s’implique. Il ne parle pas de manière impersonnelle. Il n’est pas en train d’énoncer une généralité fade. Il n’est pas en train de spéculer de manière intellectuelle sur des réalités qu’il ne connaît pas. Il n’est pas en train de consoler à bon compte des personnes engluées dans les épreuves en leur disant, avec un ton paternaliste : « vous savez, c’est pas grave ce que vous êtes en train de vivre, car vous verrez avec le temps, aussi sûr que la pomme lorsqu’elle se décroche de l’arbre, tombe, de même, si l’être extérieur dépérit, l’être intérieur se renouvelle ».

Non, dans cette phrase, Paul s’implique. Il ne fait que témoigner d’une réalité  personnelle, vécue : « chez nous ». 

Une réalité qui lui est possible de vivre, peut-être justement grâce à ce « nous ». Non pas grâce à ses extraordinaires capacités émanant de sa personnalité unique, mais grâce à ce « nous ». Grâce à ce réseaux de frères et soeurs dans la foi, grâce à toutes ces relations tissées avec ses collaborateurs Timothée, Silas et tant d’autres, grâce à cette fraternité vécue dans la foi de Jésus, Paul et ses amis ont trouvé des ressources leur permettant de vivre une expérience tout à fait étonnante, qui semble défier les lois de la pesanteur. 

L’expérience que même si l’être extérieur dépérit, l’être intérieur se renouvelle de jour en jour. 

Alors écoutons leur expérience et recevons-là comme une promesse. Si aujourd’hui, nous sommes aux prises avec la difficile expérience de l’être extérieur qui dépérit, laissons leur expérience venir questionner notre expérience. Oui laissons-là nous rappeler que notre difficile expérience actuelle n’est pas le dernier mot de notre histoire. 

Car si notre être extérieur dépérit, il est aussi possible que notre être intérieur se renouvelle. Je dis bien possible. Ce n’est pas une loi automatique, c’est une promesse ! 

laurier rose3. Pourquoi est-il si important de souligner que Paul n’énonce pas une loi générale, mais un témoignage ? Parce que cela nous rappelle qu’entre les épreuves et les conséquences de ces épreuves, il n’y a aucune fatalité. 

Lorsque la pomme se décroche de l’arbre, elle tombe. Cependant, nous ne sommes pas des pommes, mais des humains ! À la différence des pommes, nous sommes doté d’une vie intérieure.     Une vie intérieure qui nous permet d’observer, de réfléchir, de parler. Une vie intérieure qui nous permet aussi de réaliser quelque chose que peut-être sur terre, parmi toutes les autres créatures, nous sommes les seuls à pouvoir réaliser : entre l’épreuve et notre réponse à cette épreuve, il y a tout un espace qui nous est offert où nous pouvons exercer notre créativité et notre liberté. 

Quand face à l’épreuve, nous raisonnons en terme de fatalité, c’est à dire quand face à l’épreuve, nous pensons que nous ne pouvons que réagir d’une seule et unique façon, il est bon relire l’apôtre Paul. Parce que son témoignage vient secouer nos certitudes et nous rappeler qu’il y a plusieurs chemins possibles. 

Il n’est pas vrai que lorsque l’être extérieur dépérit, le seul chemin possible soit que l’être intérieur dépérisse aussi. Car dans de mêmes circonstances, il est possible que l’être intérieur se renouvelle. 

Permettez-moi de partager ici avec vous comment le compagnonnage des Écritures est venu secouer mes certitudes en me rappelant qu’il n’y a pas une seule manière de répondre aux épreuves. Au début de mon ministère, je me disais lorsque que les gens vivent un deuil, ils sont nécessairement effondrés et tristes. Du coup, à cause de cette certitude, je n’étais pas à l’écoute de la famille particulière que j’avais en chair et en os en face de moi. Au lieu d’accueillir la manière unique qu’avait cette famille d’aborder le deuil, j’arrivais avec un bagage de généralités qui me rendait sourd et aveugle à l’histoire tout à fait singulière que l’on était en train de me raconter. 

C’est grâce aux Écritures lues de manière communautaire, c’est à grâce à nous, grâce à un réseau de frères et soeurs dans la foi, que peu à peu j’ai appris à devenir agnostique. Au lieu d’accueillir les personnes avec un bagage de généralités, à présent, j’essaie de me défaire de toute connaissance générale pour écouter l’être intérieur de l’autre, pour écouter comment l’autre en s’appuyant sur des ressources intérieures étonnantes, exerce sa liberté. 

Ainsi en parlant de l’être intérieur, je crois que Paul nous invite à écouter en nous et entre nous l’histoire intime de nos existences où en traversant moult tribulations peu à peu s’est éveillé quelqu’un d’unique.

Quand nous vivons des épreuves où notre être extérieur est malmené, ne cherchons pas à répondre du tac au tac. Prenons le temps d’écouter dans notre vie comme dans celle de l’autre, prenons le temps d’écouter comment cette épreuve nous rejoint, ce qu’elle éveille en nous comme émotion, comme souvenir, comme regret, comme envie, comme appel. 

Oui, quand l’être extérieur est malmené, renouvelons l’écoute de notre être intérieur. Alors se forgera une réponse qui ne sera pas générale et impersonnelle, mais une réponse intime et unique.  

4. À propos de vie intérieur, cela vous étonnera pas que celle de Paul et de ses amis ait été alimentée par des lectures, des témoignages et des conversations tournant autour de la vie, la mort et la résurrection de Jésus de Nazareth. Dans l’histoire particulière de Jésus, Paul et ses amis trouvent des ressources pour exercer leur liberté dans les épreuves qu’ils doivent aborder. 

Par exemple, quand Paul écrit : «nous portons toujours avec nous, dans notre corps, la mort de Jésus, pour que la vie de Jésus aussi se manifeste dans notre corps. », percevez-vous combien,  non pas la mort et la vie en général, mais la mort de Jésus et la vie de Jésus servent d’appuis pour affronter ce qu’ils doivent endurer ?   

L’expression « porter la mort de Jésus » ne renvoie pas à des attitudes pieuses cultivant des pensées doloristes ou sacrificielles. Au contraire, « porter la mort de Jésus », c’est aborder les épreuves où de l’existence où il peut être question de mort, en se laissant être questionnés et inspirés par la manière dont Jésus a abordé la crucifixion. Une manière grave, libre, vivante, ouverte aux autres et à Dieu jusqu’au bout. 

Porter la mort de Jésus, ce n’est pas simplement prendre connaissance de cette manière de faire racontée par les évangiles, puis de passer à autre chose. Non, porter la mort de Jésus, c’est prendre en soi cette histoire, y réfléchir et la laisser alimenter sa propre vie intérieur ; porter la mort de Jésus, c’est porter son attention sur cette histoire ; au lieu que notre attention flotte et virevolte comme des feuilles mortes soulevées par le vent, c’est laisser notre attention s’arrêter auprès de l’histoire de Jésus. Car là se révèle une manière toute particulière d’aborder les sujets graves et importants de l’existence humaine,  une manière qui n’est pas tragique, dramatique ou de l’ordre de la comédie. Mais une manière évangélique

Les évangiles parlent des épreuves et de la mort, mais, à la différence des tragédies, des drames ou des comédies, ils n’en parlent pas avec un ton compassé, terrassé ou surjoué. Le ton des évangiles a un accent unique où perce le chant de la vie et cela malgré la dureté de l’épreuve ou l’opacité des ténèbres. 

C’est cette manière évangélique d’aborder la mort et les épreuves que Paul et ses amis cherchent à pratiquer, alors qu’ils doivent à leur tour aborder des épreuves redoutables. Dans la situation qui est là leur, ils portent la mort de Jésus, c’est à dire, qu’ils avancent en pratiquant l’ouverture à Dieu et aux autres, de manière à laisser aussi la vie et la liberté de Jésus se déployer en eux.  

verbascum nigrum5. C’est ainsi que leurs épreuves développent intensément leur vie intérieur. Réalisant qu’il n’y avait pas de réponses automatiques et générales aux épreuves, Paul et ses amis exercent leur liberté en choisissant de répondre aux épreuves de manière non pas dramatique, tragique ou automatique, mais évangélique. Concrètement, qu’est-ce que cela veut dire répondre aux épreuves de manière évangélique ? 

Pour cela, arrêtons-nous pour conclure auprès du verbe  habituellement rendu par « l’être intérieur se renouvelle ». Si nous voulons exploiter toutes les richesses sémantiques du préfixe ANA que ce verbe a en grec, nous pourrions ainsi traduire par «  l’être intérieur devient nouveau en s’élevant ». Le renouvellement dont il est ici question n’est pas une simple répétition. C’est un renouvellement qui élève. 

D’ailleurs, dans la version grecque de l’AT, dans le Psaume 103.5, c’est le même verbe qui est utilisé pour dire : «  c’est le Seigneur qui rassasie de biens ta vieillesse, qui te fait rajeunir comme l’aigle ».  Derrière cette expression de rajeunir comme l’aigle, il y a justement une idée d’élévation. 

De même que l’aigle s’élève dans les cieux sans s’agiter, mais en prenant appuis sur les courants ascendants, de même en apprenant à compter au-delà de toi-même, tes forces auront beau diminuer, ton être extérieur dépérir, quelque chose à l’intérieur de toi continuera à s’élever.

Ainsi à l’écoute de ce verbe, je crois que répondre aux épreuves de manière évangélique, c’est  : 

  • d’une part, laisser l’évangile développer notre vie intérieur. Car en nous racontant une histoire particulière qui nous fait sortir des grandes généralités, l’évangile nous rend éveillé et vivant
  • et c’est d’autre part, entendre, au coeur du récit l’appel suivant : au coeur de l’épreuve, ne fais pas le gros dos, mais dresse l’oreille, ouvre les yeux et cherche les courants ascendants ! 

Amen

Luc-Olivier Bosset, le 14 juin 2020 à Maurin.
Crédit images: AvdL- fleurs à 5 pétales (carissa macrocarpa, nerium oleander, verbascum nigrum, mai 2020 à Castelnau-le-Lez)

 


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