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Le soir de ce jour, qui était le premier de la semaine, les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient fermées, par la crainte qu'ils avaient des Juifs ; Jésus vint, et debout au milieu d'eux, il leur dit : Que la paix soit avec vous !
 
Et voici que ce même jour, deux d'entre eux allaient à un village nommé Émmaüs, éloigné de Jérusalem de soixante stades, ils s'entretenaient de tout ce qui s'était passé. Pendant qu'ils s'entretenaient et discutaient, Jésus s'approcha et fit route avec eux. Mais leurs yeux étaient empêchés de le reconnaître. Il leur dit : Quels sont ces propos que vous échangez en marchant ? Et ils s'arrêtèrent, l'air attristé. 
 
Je vous déclare, frères, que l'Évangile qui a été annoncé par moi n'est pas de l'homme car moi-même je ne l'ai ni reçu ni appris d'un homme, mais par une révélation de Jésus-ChristVous avez en effet entendu parler de ma conduite autrefois dans le judaïsme : je persécutais alors à outrance l'Église de Dieu et je la ravageais ; dans le judaïsme, je surpassais beaucoup de ceux de mon âge et de ma race, car j'avais un zèle excessif pour les traditions de mes pères. Mais, quand celui qui m'avait mis à part dès le sein de ma mère, et qui m'a appelé par sa grâce, a trouvé bon de révéler en moi son Fils, pour que je l'annonce parmi les païens, aussitôt je n'ai consulté ni la chair ni le sang, et je ne suis pas monté à Jérusalem vers ceux qui furent apôtres avant moi, mais je partis pour l'Arabie. 

Voir la prédication ici.

javdl181296Jean 20: 19; Luc 24 13-17; Galates 1, 11-17 (traduction LSG) 

1. Nous qui avons vécu un décès et qui éprouvons le vide, le manque, où pouvons-nous trouver des ressources pour endurer ce vide et ce manque ? Nous qui parfois, lorsque un objet, une ambiance, une saveur nous rappelle l’être aimé, nous qui sommes saisis par une émotion profonde faisant perler des larmes dans nos yeux, où pouvons-nous trouver des ressources pour porter cette tristesse infinie qui nous saisit ?  

2. Une ressource que nous pouvons recevoir de la spiritualité chrétienne, c’est d’inscrire nos émotions endeuillées sous l’horizon de la  résurrection. Dans le psaume 30, il est écrit : 

SEIGNEUR  ! tu as fait remonter mon âme du séjour des morts,
Tu m'as fait revivre loin de ceux qui descendent dans la fosse.
Tu as changé mon deuil en allégresse,
Tu as délié mon sac et tu m'as ceint de joie,

Inscrire notre peine sous l’horizon de la résurrection, c’est entendre dans cette prière du psalmiste du psalmiste, une promesse. La promesse qui affirme que notre tristesse, le vide et le manque que nous ressentons ne sont pas les dernières choses que nous aurons à endurer sur la terre des vivants. 

L’avenir auquel nous sommes promis est cette remontée de notre âme du séjour des morts, c’est à dire de la fosse de la désolation ; l’avenir auquel nous sommes promis, c’est celui où l’emprise de la désolation est déliée, et où nous sommes revêtu d’une paix nouvelle. 

3. Si à propos de résurrection, je parle ici d’horizon, c’est justement pour que la profondeur de notre peine actuelle ne soit pas niée. 

Il n’y a rien de plus insupportable qu’une proclamation de la résurrection qui au lieu d’être un horizon, devient une affirmation gorgée d’évidence et de satisfaction.  Il n’y a rien de plus insupportable que ce genre de discours où l’autre nous parle de la résurrection comme d’une évidence, en n’entendant pas la désolation dans laquelle nous nous débattons suite au départ de l’être aimé. Il n’y a rien de plus insupportable que ce genre de discours où l’autre martèle ses dogmes, au lieu qu’il se laisse être questionné dans ses certitudes par notre désolation. 

C’est pourquoi en parlant avec vous  de la résurrection  ce matin, je ne veux pas parler de celle-ci comme d’une évidence. 

Mais je souhaiterai l’aborder avec vous comme un horizon, une promesse. Cet horizon ne viendra pas empêcher notre âme de descendre dans la fosse de la désolation. Cette promesse ne viendra pas nous éviter de vivre de profondes remises en questions. 

Cependant, alors que nous vivons la désolation, cette promesse peut nous éclairer d’une perspective qui nous aide à endurer notre désolation. Inscrire notre deuil sous l’horizon de la résurrection, c’est vivre pleinement les émotions que nous ressentons, le vide, le manque, tout en étant pas écrasés par eux. 

Car au coeur de cette descente dans la fosse, nous percevons dans le ciel une étoile qui nous donne une perspective : «  Tu as fait remonter mon âme ».  

lob 141121 24. Ce qui nous permet de ne pas être écrasé dans notre désolation, c’est  la présence de cette étoile. 

Une étoile qui nous rappelle qu’au coeur de notre quotidien, il y a un « Tu » dont l’élan nous fait remonter. Dans notre quotidien, nous ne sommes pas seuls à porter notre désolation. Il n’y a pas que des discours insupportables. Il y a aussi des vis-à-vis qui relaient ce « Tu » dans son élan à nous faire remonter.

Inscrire notre deuil sous l’horizon de la résurrection, c’est faire alliance avec  toutes ces étoiles, avec toutes ces mains tendues qui relaient ce « Tu ». 

Et sans que nous sachions exactement comment cela est possible, voilà que ces étoiles nous entraînent dans un mouvement qui est comme une remontée . 

5. Ceci étant dit, faisons un pas de plus dans notre méditation. Car jusqu’à présent, je parle avec vous de la résurrection comme si la signification de ce mot était entre nous claire et entendue. 

Or là aussi, c’est peut-être aller vite en besogne. C’est peut-être tabler sur des évidences qui n’en sont pas. J’utilise une ressource offerte par la spiritualité chrétienne, espérant en cela puisse nous encourager dans les deuils que nous traversons. 

Mais peut-être que ce mot « résurrection », au lieu de vous encourager, vous plonge dans une perplexité songeuse, pour ne pas dire dubitative. Car au fond, qu’est-ce que la résurrection ? Quelle expérience partageons-nous lorsque nous utilisons ce mot ?  

6. Pour essayer de clarifier le contenu de ce mot, voyons comment les récits bibliques en parle. Tout à l’heure, je vous ai lu un extrait tiré de l’évangile selon Jean, et un autre tiré de l’évangile selon Luc, deux extraits qui mettent en scène un Jésus ressuscité qui va à la rencontre de ses disciples. Que retenir de ces récits ? 

Certes ces deux récits rayonnent d’une espérance ( à la suite de cette rencontre avec Jésus ressuscité, l’âme des disciples n’est plus abattue, elle est remontée de la fosse), cependant ne faut-il pas également avouer qu’ils nous mettent mal à l’aise ? 

En racontant comme une évidence que Jésus ressuscité va à la rencontre de ses disciples, que nous donnent-ils à croire ?  Est-ce qu’ils sont en train de nous dire que croire en la résurrection, c’est attendre que ceux qui nous manquent, franchissent les murs de notre désolation et reviennent à nous en nous disant : que la paix soit avec vous. 

Mais croire de cette manière là, n’est-ce pas courir le risque de virer dans une hallucination ? Pour éviter ce risque et ne pas en rester à une vision paranormale de la résurrection, je vous propose de faire un petit détour. 

Je vous propose d’écouter un autre texte biblique qui ne parle pas explicitement de la résurrection, mais qui, quand nous tendons l’oreille nous en parle profondément. Ce détour nous aidera, je l’espère, à mettre des mots sur l’expérience  qui donne tout son sens à la résurrection. 

7. Dans la lettre que Paul a écrit aux communautés de Galatie ( une région d’Anatolie dans la Turquie actuelle), notre apôtre écrit : 

Je vous déclare, frères, que l'Évangile qui a été annoncé par moi n'est pas de l'homme car moi-même je ne l'ai ni reçu ni appris d'un homme, mais par une révélation de Jésus-Christ. Le mot sur lequel je souhaite attirer votre attention ce matin, c’est le mot « révélation ». 

Paul utilise ce mot alors qu’il raconte son parcours. Alors qu’il était habité par un zèle ardent pour persécuter les premières communautés chrétiennes, voilà que Paul est rencontré par une surprise qui bouleverse tous ses plans. Il vit une révélation ! 

Alors que Jésus est mort et enterré, et que Paul s’évertuait à effacer les moindres traces de son passage sur terre, voilà qu’une autorité se dresse devant lui pour lui dire : « Saul, Saul, pourquoi me persécutes-tu ? »

Paul luttait avec acharnement pour que la vie de Jésus de Nazareth soit oubliée. Or voilà qu’une autorité se dresse devant lui pour affirmer que la vérité de cette vie ne sera pas oubliée.

De quelle vérité suis-je en train de parler ? De la vérité d’un amour qui croit tout, qui espère tout, qui endure tout, qui ne disparaît jamais. Jésus ne s’est pas contenté de parler de cet amour d’un ton docte et satisfait. 

Par des actes concrets, en accueillant des prostituées, en mangeant avec des pêcheurs, en touchant des lépreux, il a incarné cet amour libre et souverain, capables de remettre en question bien des évidences.  Quand les autorités en place ont cherché à le domestiquer, Jésus dans l’amour leur a tenu tête.  

À cause de ce conflit avec les autorités, et alors qu’il percevait bien que ce conflit virait en complot, Jésus, au dernier moment, aurait pu prendre la poudre d’escampette pour éviter de souffrir comme il a souffert. 

Or au lieu de cela, il a assumé son engagement jusqu’au bout. Ce faisant, il a montré qu’il aimait vraiment. Cet amour dont il parlait n’est pas un vain mot, une belle théorie, mais c’est quelque chose de fiable, de certain. Or dans ce contexte là, la résurrection, c’est cette voix qui se dresse face aux ténèbres pour affirmer avec autorité : ce Jésus que vous avez crucifié, moi dit l’Éternel, je me reconnais pleinement en Lui ; l’amour qu’il a authentiquement incarné ne peut pas être oublié, puisque cet amour représente l’avenir du monde ! 

De là où j’en suis arrivé dans ma compréhension de l’évangile, voici un premier sens qu’aujourd’hui je donne à la résurrection : La résurrection, avant d’être l’expérience d’un phénomène paranormal, c’est l’expérience d’un rappel qui vient à nous pour nous dire : l’amour vécu ne sera pas effacé, il ne sera pas oublié, puisque cet amour représente l’avenir du monde. 

lob 141121 38. En méditant les écrits de l’apôtre Paul, j’ai découvert un deuxième sens possible à la résurrection : Jésus avait beau être déjà mort et enterré, l’apôtre Paul a eu une révélation.

Quand Paul parle de cette expérience de révélation qui a eu lieu loin de Jérusalem et bien après que Jésus ait été crucifié, il parle de cette expérience d’être rejoint par un amour qui même crucifié est  toujours capable de le surprendre. 

Voilà donc, de mon point de vue, le deuxième sens possible de la résurrection. Si je devais aujourd’hui dire simplement ce qu’est la résurrection, je dirai ceci : 

Affirmer que Jésus est ressuscité, c’est dire que même aujourd’hui son amour, rendu certain à la croix, peut encore nous surprendre. Vivre la résurrection, c’est faire l’expérience d’un amour qui parce qu’il est au-delà de ce que nous pouvons prévoir, est toujours capable de nous surprendre.  

9. Et cette expérience transforme ! 

Paul a fait l’expérience de la résurrection, lorsqu’il a été surpris en cheminant vers la ville de Damas. Et cette surprise a transformé son zèle destructeur en un élan de vie ! Que ce soit en allant vers Emmaüs ou bien enfermés chez eux, les disciples ont fait l’expérience de la résurrection, lorsqu’ils ont été surpris et délogé de leur désolation. 

Au lieu que tout ce qui s’est passé, les fassent vivre sous l’horizon du remords, du regret, de la culpabilité, voilà qu’une divine surprise les introduit sous un autre horizon.

L’avenir n’est pas au remord, l’avenir est l’amour. Inscrit sous l’horizon de cet amour, les disciples sentent leur capacité d’aimer reprendre en eux. Non pas comme exactement comme avant, car cette capacité d’aimer a été travaillée par tout ce qu’elle a vécu et enduré, mais cette capacité d’aimer reprend. Plus fine, plus profonde, avec une autre qualité de présence, mais elle reprend.  

10. De même pour nous, inscrire notre peine sous l’horizon de la résurrection, c’est inscrire notre vie sous l’horizon d’un amour capable de nous surprendre et de nous transformer ! 

L’apôtre Paul a été surpris alors qu’il était pris par un zèle ravageur et excessif… Aujourd’hui, là où nous en sommes, nous sommes aussi peut-être  sous l’emprise d’émotion forte et ravageuse : sous d’une colère ravageuse, d’un remord ravageur, d’une tristesse ravageuse. 

Face à nos cris, nos pleurs, nos manques, puisse l’amour rendu certain par Jésus se révélé à nous.  

Comme cet amour a su se révéler auprès de l’apôtre de manière vivante, puisse cet amour encore aujourd’hui se révéler à nous, non pas comme étant une théorie satisfaite ou une explication moralisante, mais comme une surprise vivante qui parle précisément à nos besoins pour les apaiser.

Alors nous vivrons une résurrection ! 

Amen

 

Luc-Olivier Bosset, culte de consolation et d'espérance, le 14 novembre 2021, Cournonterral
Crédit images: AvdL - octobre/novembre 2021.


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